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sur 5

Réalisé en 1994, No ordinary love déboule à peine aujourd’hui sur les écrans français, ou plutôt sur un écran, celui du cinéma l’Accattone qui le projette en exclusivité. On comprend d’ailleurs assez mal l’intérêt soudain d’un distributeur pour ce premier film américain sans grand intérêt si ce n’est celui de sa marginalité (aussi bien économique que thématique). Et comme la faiblesse des moyens n’excuse pas celle de l’œuvre, on aura vite fait de ranger Doug Witkins dans la catégorie des cancres pseudo-subversifs…

Résumé de l’objet : quatre garçons et une fille partagent une maison à Los Angeles. Mais le jour où l’un deux (Tom) meurt dans des circonstances mystérieuses, tout est remis en question. L’arrivée de Ben, le nouveau colocataire, n’arrange pas les choses. Surtout que chacun porte sa croix : Kevin est pédé mais sa maman l’ignore ; Vince est pédé et aimerait bien se faire donner par Ramon, le petit voisin latino (mais qui dit latino dit hétéro) ; Andy est bisexuel et se tape la mère de Ramon ; Ben est gros et con ; et Wendy est une fille. Dure, dure, la vie… Mais attention, No ordinary love n’est pas qu’un long épisode de Melrose place revisité par Gai pied, car derrière le sexe se cache une trame de film noir digne d’un collégien accro à Navarro. Entre sodo, hold-up, meurtre et coming-out, l’éclectisme est donc de rigueur. Malheureusement, l’ensemble est traité avec une décontraction qui frôle l’incompétence. Et si l’on pardonne les cadrages approximatifs et la laideur de la photo, il est difficile de ne pas s’insurger contre l’inconsistance des personnages et, a fortiori, des dialogues. Forcément, l’obèse se bâfre, l’un des homos s’habille en drag-queen, et le latino réprime ses tendances gay. Alors, les bobines ont beau défiler, l’on demeure avec l’impression d’assister passivement à un spectacle se contentant de sa propre et terrible vacuité. Simplement du vide dont ne se détache ni un plan, ni même une image. No ordinary love ? Un film de plus, un film pour rien.