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sur 5

Au moins, les titres des films de José Giovanni ont le mérite de ne pas tromper leur monde. Le Ruffian, Le Rapace, Le Gitan font tous le récit d’un héros (souvent des stars genre Gabin, Ventura ou Delon), qui représenterait une certaine essence du « gitanisme » ou du « ruffianisme », entouré de personnages secondaires. Soit tous les autres, qui n’existent que pour illustrer sa perfection. Mon père n’échappe pas à la règle. Non pas tant parce que le père en question (celui de Giovanni) est effectivement le personnage principal, le porteur de la fiction, mais plutôt parce que le pronom possessif indique bien qu’il n’est là qu’en tant que père de son fils et n’a d’autre identité que celle-là. Quand par exemple il ira voir, vers la fin, une prostituée, il ne fera rien d’autre que discuter avec elle de son fils emprisonné. On pourra objecter que c’est normal qu’il s’inquiète puisque son fils est condamné à mort et que c’est le sujet du film. Oui mais non. Car ce n’est ni sa souffrance ni son point de vue qui en sont le moteur, mais la compassion du réalisateur (c’est-à-dire du fils) et du spectateur par la même occasion, qu’il s’agit de justifier.

La vision du film procure ainsi la désagréable sensation que, hormis pour celui qui tient le rôle du héros, les acteurs ne bénéficient d’aucun espace de liberté pour s’exprimer et ont, dès lors, tous l’air de jouer faux. C’est qu’en bon héritier de la qualité française, José Giovanni, plus écrivain que metteur en scène, ne conçoit le cinéma que comme un instrument de glorification personnelle. Résultat : un film complètement bancal, coupé en deux. D’un côté, les scènes avec Joe (Bruno Cremer, mais qu’est-ce qu’il est venu faire là ?), sorte de scénario filmé où les acteurs s’apparentent à des machines-à-dire-les-dialogues (les mauvais dialogues). De l’autre, les scènes avec le fils, les seules à être vraiment opératoires mais aussi les plus complaisantes. Ainsi celle avec le maton moqué par ses collègues et que Manu, seul à comprendre, va aider. Autrement dit, même le malheur des autres n’est là que pour prouver la grandeur d’âme du héros. Tout ça ne serait finalement pas très grave s’il n’y avait en plus sur la bande-son un groupe de chanteurs corses…