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2
sur 5

Deux ambitions, à ce film qui les affiche sans détour. D’abord, faire le film sur le 11-Septembre chilien : c’est le lot de chaque pays, d’avoir son film sur son événement historique le plus marquant. Ensuite, capitaliser sur le motif éternellement efficace du film de gosse. Imbriqués l’un dans l’autre, ces deux fils conducteurs accouchent d’un consensuel chromo d’époque, sur la fin du règne bref de Salvador Allende et l’instauration de la dictature militaire sous la poigne de Pinochet. Qui est mon ami Machuca ? un gosse des bidonvilles venu étudier dans un collège anglais huppé, où n’étudient que des fils de bourgeois en uniforme. Machuca est l’un des boursiers qu’un curé progressiste, encouragé par le vent soufflant sur le Chili d’Allende, a scolarisé dans son établissement. Là, il se lie avec un môme des beaux quartiers et lui fait découvrir ses conditions de vie, l’initie aux manifs et aux roulages de pelles avec une gavroche en jupons.

L’amitié des enfants, leurs courses à perdre haleine, les bagarres de cours de récré contre un blondinet friqué qui prend les pouilleux boursiers en grippe et, dehors, le ballet des manifestants (tantôt le peuple encourageant son leader, tant des bourgeoises emperlouzées révoltées par ce gouvernement de rouges), toutes ces aventures sont du pain béni pour l’étalage d’un humanisme gentillet, pas méchant pour deux sous mais sûrement pas passionnant. Le réalisateur accumule les facilités de scénario et surtout les grosses ficelles que ne manque pas de convoquer pareil argument : voici le ralenti sur la fillette des bidonvilles tuée par les soldats, voici la grande scène des adieux du curé à ses enfants, alors qu’il est éjecté de l’école par les militaires (les enfants se lèvent les uns après les autres pour dire au revoir, cf. Brubaker et Le Cercle des poètes disparus). Vraiment pas grand chose à tirer de plus du film, potion confectionnée à partir d’ingrédients vus mille fois. Cinéma gentil, mais qu’on n’aime pas vraiment tant rien ne vient heurter l’assemblage mélo + bouilles de gosses + leçon d’histoire pour les nuls (le cinéma qu’on aime, lui, est fait de heurts et de dérangements).