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2
sur 5

Produit issu d’un genre en plein boom, mais historiquement très neuf et qualitativement contrasté, Moi, moche et méchant fait figure d’archétype inaugural de l’animation hollywoodienne, inventant un ventre mou à équidistance de l’excellence (Pixar) et du tout à l’égout (Dreamworks). On n’oublie pas L’Age de glace (du même producteur) qui occupait jusqu’à maintenant cette place, mais la neutralité de ce film est encore plus cristalline. Hormis une qualité technique proche de la perfection, aucune identité visuelle ne se dégage, ni d’univers à part entière, on s’ébroue dans un patchwork de références et d’époques, allant de Tim Burton à Joe Dante, jusqu’aux cartoons Warner. La défiance du film à l’égard de toute modernité est d’ailleurs clairement assumée. Du duel d’affreux cambrioleurs en lutte pour décrocher la Lune, le plus sympathique s’impose comme le plus conservateur (Gru, ersatz du cousin chauve de la famille Adams, vieux bourru traditionnel), en opposition à la jeunesse de son rival, littéralement diabolisée : fils à papa (le banquier de Lehmann Brothers), sapé comme un geek et joueur de console.

S’ajoute une histoire d’adoption censée faire basculer Gru dans le camp du Bien, ficelle vraiment très grosse qui oblige le récit à épouser une courbe narrative hyper robotique laissant, logiquement, le délire sous cloche. On pense à la garnison d’assistants de Gru, mixe de Bob l’éponge et des Gremlins, que le plan marketing du studio élève au rang d’attraction numéro un. Mais ces créatures ne demeurent qu’un simple ornement comique, gadgets cartoonesques réjouissants mais, hélas, complètement dispensables. L’astuce du casse de la Lune, qui consiste à la miniaturiser comme une bille, symbolise bien le mouvement général, dicté par la retenue, la déflation, une certaine idée du bon sens et de la raison. Moi, moche et méchant est un objet fondamentalement centriste, qui entreprend de rabattre les marginaux dans le troupeau, se bornant à un équilibre des forces, morne et frustrant. D’ailleurs, voyons-y un signe : à la fin, la Lune reprend sa taille normale.