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3
sur 5

A chacun sa mission (impossible). Brian De Palma : se glisser dans les codes d’une série populaire et en tirer l’une de ses œuvres les plus réflexives -l’impureté originelle acquiert une sorte de perfection glacée, le fétiche devient théorique. John Woo : adopter la trivialité d’un genre (le film d’espionnage) pour lui donner une flamboyance nouvelle, un brio inédit jusqu’alors. Mission : impossible 2 n’est donc en aucun cas une suite du premier, mais une tentative d’appropriation d’un certain nombre de facteurs imposés, dont une mégastar et son droit de veto artistique, un scénario improbable et un bon quota de séquences spectaculaires. De façon peu surprenante, c’est dans l’action pure que Woo excelle, comme s’il s’agissait du seul espace gérable, le reste étant d’emblée du côté de l’industrie.

Première embûche : chercher à filmer Tom Cruise comme une star asiatique, conférer une souplesse féline à un corps de bûcheron -mains rougeaudes, nanisme musculeux ; le héros de Cocktail ne sera jamais Tony Leung, ni même Chow Yun-fat. Certes, dans Chasse à l’homme, Woo s’était déjà attaqué à pire avec l’acteur anti-cinégénique par excellence, Jean-Claude Van Damme et, à l’époque, son look de vieux cocker benêt. Cette fois-ci, la tâche est tout de même un peu moins complexe, et par le biais du montage, l’illusion fonctionne assez bien, même si Cruise paraît souvent déplacé, baigné dans une tentative de splendeur figurative qu’il ne méritait pas, écrasé par le trop plein d’effets, par l’essor fantasmagorique que l’on tente de créer autour de son physique limité. Cascades, mouvements, chorégraphies : tout inculquer à un élève studieux et méritant, mais qui n’a décidément pas la grâce. Alors, on feint d’abord d’y croire, puis on finit par oublier de feindre, à force d’efforts d’un côté et de l’autre de la caméra.

Seconde embûche : un récit aussi stupide qu’alambiqué et dont John Woo extrait tant bien que mal ses thématiques favorites, de la dualité fraternelle (Ethan Hunt combat Sean Ambrose, ancien compagnon d’armes qui a pris un mauvais chemin) à la quête bardée de références mythiques -voir notamment le combat final sur la plage, qui semble comme prolongé par les éléments. L’ensemble dégage une naïveté parfois proche du ridicule, ce qui n’est pas nouveau chez l’auteur d’Une Balle dans la tête mais qui passe moins bien à Hollywood qu’à Hongkong. La love-story entre Hunt et sa pétasse (l’insignifiante Thandie Newton) ou les rebondissements autour du virus laissent particulièrement perplexe. Pourtant, tout ça paraît presque insignifiant au regard de la maîtrise de Woo dans ce qui nous importe le plus : bastons, gunfights, explosions. Et l’on est servi mieux que nulle part ailleurs, le cinéaste parvenant à surprendre au sein des scènes les plus convenues (une poursuite en bagnole, une autre en moto) avec les miracles visuels que l’on sait et qui ne cessent de se renouveler au fil de l’aventure. Alors, si le cerveau n’en a pas pour son argent, du côté de l’adrénaline, Mission : impossible 2 est une machine qui en impose.