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4
sur 5

Depuis son dernier film, 800 km de différence, le projet cinématographique de Claire Simon ne cesse de s’affirmer. Saisir le réel dans sa potentielle capacité à fictionner, tel est le dessein de la cinéaste qui transforme par exemple le dépôt de bilan d’une petite entreprise en thriller économico-social dans Coûte que coûte (1995) ou l’amourette d’été de sa fille en soap-opéra néo-réaliste (800 km de différence). Avec Mimi, la démarche de Claire Simon se radicalise plus encore car, cette fois, il n’y a aucun enjeu narratif à suivre ou à résoudre. Pas d’histoire mais un agrégat d’anecdotes, celles racontées par Mimi Chiola, l’héroïne de ce documentaire. Partant du postulat que n’importe quelle figure du quotidien peut devenir, si on s’y attarde quelque peu, un personnage de cinéma, Claire Simon a donc décidé de donner la parole à une femme au destin loin d’être extraordinaire. Rien de vraiment « cinégénique » en effet dans la vie de la Niçoise Mimi Chiola née peu avant la Seconde Guerre mondiale, si ce n’est peut-être une homosexualité pleinement assumée, ce qui n’est pas rien quand on la replace dans le contexte de la France coincée des années 50. Pourtant, la sexualité de Mimi n’est pas le sujet central du film. Claire Simon lui accorde la même place qu’aux autres composantes de sa personnalité, empêchant avec bonheur le film de se transformer en documentaire militant pour le droit à la liberté sexuelle.

Filmée dans les lieux les plus anodins de Nice -la voie rapide, une ruelle du centre-ville, les abords glauques du Palais des expositions-, Mimi Chiola raconte sa vie par morceaux choisis. Le passé réapparaît donc par l’intermédiaire de la parole, une parole incroyablement maîtrisée par l’héroïne, conteuse drolatique et émouvante. De la confrontation entre la ville telle qu’elle est devenue aujourd’hui et telle qu’elle est racontée par Mimi naît le sentiment presque palpable du temps qui s’écoule et d’une époque presque révolue. Claire Simon se sert de ce contraste pour développer l’imaginaire du spectateur. Comment raconter une vie ? pourrait bien être le sujet central du film de la cinéaste. Ce qu’on choisit de dire ou non, comment on le décrit et comment il peut être perçu par quelqu’un de l’extérieur, en l’occurrence la réalisatrice et les spectateurs. Avec son dispositif ultra-simple -une caméra qui capte les propos de Mimi-, le film souligne le pouvoir du récit dans sa dimension de conte, capable de transformer un individu lambda en passionnant héros de cinéma.