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2
sur 5

Mary à tout prix est le carton « surprise » de ces derniers mois aux États-Unis. Surprise car Mary… cultive un humour politiquement incorrect avec une liberté réjouissante (on s’y moque notamment sans vergogne des handicapés ou des homosexuels : n’est-ce pas là un dernier pas positif vers l’acceptation de ces minorités ?). « Surprise » entre guillemets, parce que le film finit par ressembler à un étalage de la beauferie américaine dans toute son horreur.

Mary (Cameron Diaz) est une magnifique jeune femme que de nombreux prétendants aimeraient aider à rompre son célibat. Parmi eux, Ted (Ben Stiller), un écrivain amoureux d’elle depuis le lycée ; Pat Healy (Matt Dillon), détective privé de pacotille ; ou encore Tucker (Lee Evans), infirme à l’identité‚ mystérieuse… Le parti pris des frères Farrelly, déjà auteurs de l’infâme Dumb and Dumber avec Jim Carrey, est simple : faire rire avec des situations inattendues et crues situées pour la plupart au-dessous de la ceinture. Toutefois, le vrai problème ne se situe pas là ; mais plutôt dans le traitement des gags. Par exemple, lorsqu’au début du film Ted se coince le sexe dans sa fermeture éclair, les frères Farrelly choisissent de montrer l’objet du comique au lieu de laisser imaginer son état par le spectateur, ce qui affaiblit considérablement le potentiel de drôlerie de la séquence. En plus de son humour très scatologique, le film développe d’ailleurs une fascination assez malsaine pour le difforme, le laid, essentiellement du côté de la représentation des personnages masculins. Comme si pour mettre en valeur Mary, tout autour d’elle devait appartenir au registre de la mesquinerie, du mensonge, et surtout du disgracieux : Matt Dillon porte ici une moustache pas très seyante et s’est construit un look à la Jim Carrey ; l’appareil dentaire et la coupe de cheveux ringarde arborés par Ted lors de son adolescence sont particulièrement soulignés ; Dom (Chris Elliott) est défiguré par une irruption de pustules qui va crescendo ; tandis que Magda (Lin Shaye), la voisine de Mary, est caractérisée par d’ignobles seins ratatinés et tombants. Bref, cet infantilisme démesuré est assez effrayant et fait preuve d’une vision du monde plutôt sordide et écœurante.
Malgré tout, Mary à tout prix se laisse voir grâce à un rythme soutenu et deux ou trois séquences assez drôles, dont la déjà fameuse dite du « gel coiffant ». Mais l’humour du film est bel et bien « malade » ; et pour se délecter d’un « bon mauvais goût », mieux vaut revoir Meet The Feebles de Peter Jackson et l’intégrale des films de John Waters.