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Est-ce la mort de Katherine Hepburn et avec elle une certaine idée de l’élégance féminine qui nous chagrine, mais il est difficile d’avoir le moindre élan d’indulgence pour cette sinistre pochade. Il faudra quand même s’interroger, un jour, sur cet étrange masochisme strictement féminin (une misogynie qui vient du camp des victimes) qui sert de paradigme à un sous-genre en plein boum : la youpi comédie en frou-frou, mélange de manifeste anti-phallocratique et de road-movie en escarpin, sur le corps duquel n’ont poussé ici et là, pour l’instant, que quelques verrues –Du côté des filles de Françoise Decaux (grande initiatrice et mère universelle du genre : la pulsion de régression foetale couplée à l’expression hirsute d’une féminité dégénérée), Toutes les filles sont folles de Pascale Pouzadoux (deuxième acte du cycle : la confrontation avec l’hypothèse homme-idéal), Mariées mais pas trop (qui nous intéresse ici) et Après la pluie, le beau temps de Nathalie Schmidt (ramification marginale qui sort cette semaine et explore l’imaginaire rose-bonbon refoulé de toute cette galaxie malade).

Le programme de cette attroupement peut se résumer à peu près à ceci : la réduction de tout désir, affect ou sentiment féminin à un dérangement hormonal, modus vivendi qui se prolonge et bifurque selon le cliché sexiste que chaque film s’accapare (cupidité, inconséquence ou imprévisibilité de la gent féminine). Mariées mais pas trop suit les tribulations de Jane Birkin en mémé carabine, épousant à tours de bras des grabataires dont elle s’empresse d’abréger les jours pour toucher l’héritage. Poursuivie par un agent d’assurance fouineur et affublée d’une encombrante petite fille qu’elle n’aime pas (Emilie Dequenne), elle se lance dans un tour de France de luxe à la recherche d’une nouvelle victime. Il y a bien sûr, dans le personnage de Jane Birkin, le désir de répondre/reprendre le personnage de Monsieur Verdoux. Evidemment, on en est très loin, ces deux-là ne partagent rien. Si l’hystérie ne tient pas un rôle tout à fait central ici (ce qui fait l’originalité du film par rapport à ses cousins), on est davantage du côté de la frénésie poids lourd : humour rasoir et faussement enjoué, cynisme grassouillet, jeu ultra calamiteux des comédiens (même Pierre Richard est mauvais). La consternation un peu poisseuse que l’on éprouve à la vue de cette imbécile pantalonnade laisse la porte ouverte à bien d’autres aberrations enfarinées. Tout de suite la suite, donc, avec Après la pluie, le beau temps.