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3
sur 5

D’un film dont le titre est Maria, pleine de grâce, grand prix du Festival de Deauville 2004, a priori, on n’attend grand chose. C’est en tout cas le seul moyen de tirer le meilleur d’un récit attendu au possible : descente aux enfers d’une jeune Colombienne qui, pour gagner de quoi sortir sa famille de la misère, se transforme en mule pour des trafiquants de cocaïne. Par mule, entendre jeune fille avalant d’énormes sachets en formes de suppositoires contenant de la drogue pour les garder intacts au creux de son estomac, et passer ainsi tranquillement la marchandise vers les Etats-Unis. On le comprend, la tentative du docu-choc, le sensationnel sont les seules sources visibles de motivation d’un tel film.

Surprise, c’est justement cet aspect qui est le plus réussi de Maria, pleine de grâce : Joshua Marston dépasse en effet le simple argument commercial (un thème choc = un film, comme dans le lamentable Dirty pretty things de Frears l’année dernière à propos des trafics d’organes) pour traiter son sujet à bras le corps. Ainsi le film souffre-t-il d’un début assez académique, caméra embarquée dans le cruel réalisme familial de la jeune Maria. Advient la première scène-choc : Maria s’entraîne à avaler sans les mordre de gros grains de raisin comme en une sorte de répétition morbide de la grande et terrible aventure à venir. La suite est assez formidable, Marston captant à hauteur de souffle chaque battement du parcours de l’héroïne : angoisse, frénésie, doute, émancipation, etc. Le style documentaire doit alors moins à de banals effets reportage qu’à une façon extrêmement sensible et pudique de se fondre dans l’intimité de Maria.

L’aspect ésotérique et mystique de l’affaire n’est qu’un enrobage qui jamais n’étouffe la respiration du film, le cinéaste en revenant toujours à l’essentiel : la fuite éperdue comme une sorte d’émancipation douloureuse et néanmoins fondatrice du passage à l’âge adulte de l’héroïne. La sensibilité à fleur de peau du film, qui ressort d’un remarquable travail sur la captation des sons (souffles, halètements, comme une mise en apnée des personnages), témoigne d’une vitalité de mise en scène peu commune. Il y a là quelque chose qui évoque les premiers films de Loach (Poor cow) ou de Frears, justement, qui laisse espérer beaucoup de Marston, pour peu que celui-ci ne se laisse pas aller aux facilités de ses comparses en réalisme social exotique.