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2
sur 5

Prix du jury au Festival du film fantastique de Gérardmer 2003, Maléfique est sans conteste le film le plus réussi de la collection Bee Movies initiée par Fidélité Production et destinée à produire des séries B made in France (Un Jeu d’enfants, Requiem, Bloody Mallory). Conscient des lacunes de ses compatriotes dans le genre, Eric Valette a eu la bonne idée de ne pas tout miser sur le fantastique pour séduire le spectateur. Etrange mélange entre film de taule à la Zonzon et délire ésotérique sur fond de magie noire, Maléfique raconte la mésaventure de cinq détenus qui découvrent dans le mur de leur cellule un mystérieux livre qui permettrait à son détenteur de s’évader. D’abord sceptiques, les prisonniers tentent ensuite de déchiffrer une des formules décrites et tombent dans un piège d’un cruel machiavélisme. En jouant la carte d’un humour très noir, le film d’Eric Valette surprend par l’ironie mordante de ses dialogues, d’une rare qualité. Le réalisateur a aussi su s’entourer d’une troupe d’acteurs convaincants dans la peau de personnages décalés parmi lesquels se détachent le toujours excellent Gérald Laroche et Clovis Cornillac, stupéfiant en travesti bodybuildé qui fait régner la terreur.

Mais quand il s’agit de verser dans l’horreur pure et dure, Maléfique a bien du mal à trouver une réelle crédibilité, sans doute handicapé par son très modeste budget (le film n’a coûté qu’un million d’euros et fut entièrement tourné dans un hangar désaffecté). Effets spéciaux cheap et retournements de situations rocambolesques font sombrer le film dans la parodie involontaire. Certes, Eric Valette a le mérite d’utiliser efficacement son décor unique (les quatre murs de la cellule) mais son récit aurait gagné à être épuré de certains débordements d’une bizarrerie trop outrée pour impressionner. L’intervention du mystérieux homme à la caméra -épisode ennuyeux qui plombe le long métrage plus qu’il ne l’opacifie- en est un fâcheux exemple. Maléfique n’est donc pas encore le film qui nous réconciliera avec le fantastique à la française, même s’il tente de trouver une alternative intéressante aux navets sans grande originalité que nous réserve d’habitude la production hexagonale.