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3
sur 5

Elle, c’est Claire (Sandrine Bonnaire), la trentaine, représentante en produits pharmaceutiques, vie bien rangée (un mari, deux enfants) mais à laquelle il manque parfois un soupçon de folie. Justement, voilà Pierre (Jacques Gamblin, plutôt mieux que d’habitude), comédien spécialisé dans l’improvisation, et qui, avec sa petite troupe (Candelier + Soualem), traverse la France de séminaires en mariages tout en rêvant d’une carrière plus ambitieuse. De cette rencontre entre deux êtres aux antipodes, naît comme une évidence qui va très vite évoluer en liaison… l’espace de 24 heures.

Mademoiselle est le genre de projets qui, sur le papier, laisse craindre le pire cinéma à papa, le gentil drame bourgeois très carré, avec ce qu’il faut de répliques ciselées et de frémissements intimistes. Bref, une sorte de Sautet’s touch ressuscitée, autant dire pas vraiment notre tasse de thé. Et, effectivement, le film de Philippe Lioret ressemble un peu à ça, naviguant dans un univers suranné, presque irréel, où les actes manqués mènent au coup de foudre et où les adultères font office de parenthèses inoubliables mais forcément éphémères (ah ! la puissance indestructible du mariage…). Seulement, il arrive que notre intransigeance critique fonde devant un tel spectacle, mélo des familles sachant caresser le spectateur dans le sens du poil avec un indéniable talent. Et cela grâce à une alchimie imparable : une grande actrice au faîte de sa beauté et de son génie expressif, un cinéaste qui n’a d’yeux que pour elle, et un récit conçu dans le seul but de faire vibrer nos cordes sensibles. Il suffit ainsi d’un regard de la Bonnaire ou d’un bon mot prononcé de sa voix émue pour qu’on se laisse porter par Mademoiselle, son romantisme forcené bâti sur des thèmes éternels (voir notamment Sur la route de Madison avec sa Meryl Streep tiraillée entre conformisme et passion soudaine). Question d’humeur peut-être, mais vrai plaisir assurément dans le suivi de cette jolie histoire émaillée de surprises, de coups du sort, et sur laquelle plane un sentiment régénérant de plénitude narrative et amoureuse.