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3
sur 5

De prime abord, l’idée qu’un cinéaste comme Mike Figgis s’attaque à l’adaptation d’une pièce d’August Strinberg peut alarmer… Après avoir réalisé des films aussi divers qu’Internal affairs ou Leaving Las Vegas (divertissants mais truffés néanmoins d’artifices bien lourds), Figgis semble maintenant vouloir s’adonner à une mise en scène plus sage qu’auparavant. Seulement, peut-on vraiment parler d’un radical et définitif changement de style ? Le cinéaste n’aurait-il pas plutôt fait une exception, uniquement par respect d’une œuvre de théâtre qu’il ne voudrait, pour rien au monde, salir ? (Ce n’est déjà pas si mal…)

Bien que la réponse à cette question ne nous soit pas totalement révélée, penchons malgré tout pour la deuxième hypothèse. Certains penseront que Miss Julie est une bonne adaptation, uniquement parce que le cinéaste s’est ici efforcé de retranscrire au pied de la lettre la version libre de Helen Cooper. Mais le parti pris de théâtre filmé démontre malheureusement que Figgis tente de se cacher, d’un bout à l’autre du film, derrière un talent qui n’est pas tout à fait le sien. Avouons à sa décharge qu’il a réussi à communiquer ce talent sans le dénaturer, ce qui, en soi, reste assez honorable… Néanmoins, rares sont les traits personnels qui transparaissent dans cette adaptation. Quelques cadrages serrés arrivent par moments, sans raison, comme l’insistant plan en amorce sur un verre de vin, fantaisie esthétique finalement sans grand intérêt. Au vu de ces légères fautes de goût, on en vient à se demander si le petit manque de personnalité inhérent au film de Figgis ne finit pas par devenir une qualité… Mais certains détails ne trompent pas… Et à notre grande surprise, l’exemplaire sobriété avec laquelle est traitée la scène finale de cette tragédie nous convainc tout simplement de la bonne foi du réalisateur.

En livrant une telle adaptation, Figgis devait bien se douter que cette pièce de Strinberg se suffirait nettement à elle-même. Le dramaturge suédois y fait part d’une histoire d’amour brûlante, entre une aristocrate et son domestique. La violente analyse, établie par l’auteur, des mœurs et des rapports entre classes sociales demeure d’ailleurs encore très actuelle. Sans prendre trop de risques, Mike Figgis nous soumet cette pièce à l’état brut, uniquement par désir de la transmettre à ceux qui ne la connaissent pas. Peut-on vraiment lui en vouloir ?