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2
sur 5

Mêlant psychanalyse, romantisme échevelé et tourments narratifs, les films de Julio Medem (L’Ecureuil rouge, Les Amants du cercle polaire…) nous avaient jusqu’ici fascinés. C’est donc avec impatience que l’on attendait son cinquième opus. Malheureusement, à la place de l’espéré puzzle sensuel se trouve un bric-à-brac d’afféteries visuelles et scénaristiques ; cette fois le charme n’opère pas.

Lucía y el sexo avait pourtant de quoi séduire. Apprenant la mort de Lorenzo (Tristán Ulloa), l’homme avec qui elle vit, Lucia (Paz Vega) s’enfuit de Madrid et trouve refuge sur une petite île méditerranéenne. Là-bas, à coup de flash-back alambiqués, Lucía revient sur sa liaison avec cet écrivain dépressif : le coup de foudre ensoleillé du début, leurs parties de jambes en l’air débridées, puis la lente dégradation de leur relation. Au fur et à mesure de ces soubresauts temporels l’histoire devient plus complexe, s’y agrègent quantité de sous-intrigues et de personnages secondaires. Mais au lieu de s’égarer avec délice dans les replis du récit, la plupart du temps on s’y ennuie ferme. Ambitieux, le cinéaste désire filmer un sexe sans complexes et n’hésite pas à tourner des scènes non simulées. Plus que le trouble recherché, on retient alors le ridicule de certaines situations. Par moments, les jeux sexuels de Lorenzo et Lucía -strip-tease, polas pris en plein action- nous renvoient plus de quinze ans en arrière, à l’érotisme chic et toc d’un Neuf semaines et demi, c’est dire…

Durant un instant, cependant, le cinéaste parvient à ses fins. Pendant une vingtaine de minutes, situées au milieu du film, se rejoignent film pornographique, fantasme et réalité, pulsion incestueuse, adultère, et on se laisse emporter par ce maelström particulièrement pervers. Une fulgurance hautement perturbante qui ne qui ne fait que souligner d’avantage le caractère affecté des deux heures qui l’entourent. Lucía y el sexo c’est l’exemple type d’un imaginaire fertile qui a mué en système, chaque image se voit chargée de signifiant, chaque scène s’accompagne d’un arsenal de symboles. Difficile d’adhérer à cet objet confectionné par le prétentieux démiurge qu’est devenu Julio Medem.