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sur 5

Liens Secrets est un film adapté du roman noir de Jim Thompson : This world, then the fireworks, écrit en 1955, et publié pour la première fois en 1974. Marty (Billy Zane, le promis malheureux et furibard de Kate Winslet dans Titanic) est un journaliste peu scrupuleux qui a quelques problèmes sérieux avec la police de Chicago. Il décide donc de partir au plus vite en Californie, retrouver sa sœur Carol (Gina Gershon), prostituée farouchement indépendante. Leurs rapports ont depuis bien longtemps dépassé le stade de l’amour confraternel… Sur place, il rencontre Lois (Sheryl Lee, la délicieuse Laura Palmer de la série et du film du même nom, Twin Peaks), une femme flic apparemment coincée, qui se révèle être une véritable diablesse au lit. Elle est propriétaire d’une grande maison en bord de mer, Marty et Carol commencent à échafauder un plan pour s’en emparer…

Nous sommes scénaristiquement bien dans l’univers de Thompson comme le décrit Michael Mc Cauley dans son livre Coucher avec le diable : « l’innocence des personnages a été perdue avant même d’avoir été expérimentée, le meurtre est considéré comme porteur de rédemption d’un monde perdu, la confusion des valeurs est totale, l’univers est sens dessus dessous ; enfants victimes de sévices sexuels, inceste, matricide, homicide et suicide », mais l’ensemble de la réalisation nous dit le contraire, tant elle apparaît sans reliefs et désespérément quelconque, essayant vainement d’absoudre psychanalytiquement les personnages, à défaut d’assumer leurs multiples névroses, et d’en faire le nerf -le moteur principal- de la fiction.
Les cadrages sont léchés, esthétiquement et techniquement bien travaillés, mais pas une seule fois justes -à la bonne distance. L’érotisme ne dépasse pas le stade d’une publicité pour une marque de sous-vêtements féminins, et encore… La violence et la rage de l’univers thompsonien ne sont à aucun moment ressenties, c’est-à-dire cadrées, mises en scène et proposées comme superstructures du monde.
A défaut de traiter son cher sujet oublié, Oblowitz cherche à fabriquer le « petit-polar-sympa-indépendant-bien éclairée-avec des faiblesses-mais pas mal quand même ». Même ça, il ne le réussit pas ; c’est parfois difficile d’être un simple faiseur… Nous sommes vraiment bien loin des petits plaisirs, et des relatives surprises, qu’avaient pu nous procurer en leurs temps Kill me again (John Dahl), ou encore Mort à l’arrivée (Rocky Morton et Annabelle Jeankel). Malgré le traitement de qualité, parfaitement maîtrisé, que nous propose Larry Gross le scénariste, Liens secrets, au final, n’est même pas un film raté, mais un film gâché… Au fait, Michaël Oblowitz a réalisé et produit plus d’une centaine de vidéo-clips… Ceci explique peut-être cela.