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sur 5

Fred (Stanislas Merhar) et Elodie (Coralie Revel) forment un jeune couple et vivent avec leur fille dans une HLM de Saint-Etienne. Un jour, Elodie, lassée par la générosité irresponsable de Fred, le quitte. Celui-ci se lance alors à sa recherche, accompagné par Sandrine, sa meilleure amie (Raphaële Godin), et Maguette (Emile Abossolo M’Bo), fils d’un roi africain et sorte de génie protecteur. De hold-up en courses-poursuites, cette quête les mènera jusqu’au Lubéron, havre de paix et terre d’initiation.

Les Savates du bon Dieu, ce sont les laissés-pour-compte, les condamnés au malheur et autres prolétaires résignés. Depuis ses premiers téléfilms, Jean-Claude Brisseau s’est intéressé à eux avec son regard si particulier, nourri de vingt ans d’enseignement en banlieue. Dans La Vie comme ça (1978) ou De bruit et de fureur (son chef-d’œuvre de 1988), le cinéaste traitait avec une acuité indéniable des suicides en série sévissant au sein des cités, de la violence des gangs et des désespoirs adolescents. Aujourd’hui, il ne semble rien rester de cette vision sans concessions, comme si Brisseau avait peu à peu laissé échapper les images de son expérience de professeur (la séquence ridicule dans le collège), comme si le désir de fiction avait dévoré toute approche rigoureuse du réel. Ainsi, les reflets du monde proposés dans Les Savates du bon Dieu semblent relever de la déformation sociale alors que les protagonistes sont plongés dans un univers on ne peut plus concret : l’inégalité des classes, l’illettrisme de Fred, le petit banditisme. A force de vouloir passer en revue les grands maux du monde contemporain, Brisseau se disperse et sonne faux. Flanqué de dialogues et de situations tellement naïfs qu’ils en deviennent risibles, le film souffre surtout de sa diversité de ton. Entre comédie satirique, road-movie brutal et grande tragédie amoureuse, l’unité ne se fait jamais. Trop de manichéisme, de romanesque frelaté, d’imagerie un peu pauvre -l’idiot transfiguré par la poésie, les nus féminins aux poses surannées, la transformation d’Elodie en princesse du capitalisme. Des tendances déjà en germe dans les précédentes œuvres de l’auteur, mais qui n’avaient jamais éclaté avec une telle évidence grotesque (hormis peut-être dans L’Ange noir). De ces savates, mieux vaut ne retenir que les premiers instants : quelques plans brefs d’un amour lumineux scandé par des fondus au noir. Le reste est à oublier.