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Au vu de son affiche, Les Morsures de l’aube promettait un sympathique délire gothique, avec une Asia Argento harnachée de latex et de diverses parures destinées aux ringards pro-Demonia en mal de SM bon marché. Peine perdue. En guise de victuailles perverses, on se coltine une plongée folklo dans une boîte féticho-échangiste où l’on fait du karaoké à poil (une idée marrante pas du tout exploitée) avant que le film ne s’achève dans un décor industriel où les hôtesses-maîtresses d’un vernissage de photos « cuir et hardcore » servent du champagne à une poignée de bourgeois encanaillés. Mais au fait, ça parle de quoi tout ça ? En quelques mots, d’un petit frimeur nommé Antoine (Guillaume Canet, sans charme, sans relief), adepte des nuits parisiennes et payé pour retrouver un certain Jordan, night-clubber à l’identité mystérieuse et soupçonné de vampirisme. Mais avant de repérer sa proie, Antoine va tomber amoureux de sa soeur Violaine (Asia Argento, qu’on a connue en meilleure forme), bombe lascive qui possède l’art de ne pas faire du cul comme tout le monde (c’est simple : en levrette, c’est trois Asia pour le prix d’une). Aidé dans sa quête par son pote Etienne (Gérard Lanvin, qui s’en sort plutôt bien), le jeune homme va y laisser des plumes…

Certes, on n’attendait pas grand-chose du passage d’Antoine de Caunes derrière la caméra, mais, à côté des innombrables pitres mongoloïdes de la télévision française, l’ex-animateur des Enfants du rock faisait presque figure d’exception culturelle, gentleman détenteur d’un esprit et d’un savoir devenus trop rares, à Nulle part… comme ailleurs. Alors bon, un film signé de Caunes, ça ne pouvait pas être pire qu’une comédie de Patrick Sébastien ou qu’une fable de Jean Teulé (souvenez-vous, bande de vicieux, de Rainbow pour Rimbaud…). Eh ben si ! Les Morsures de l’aube est un désastre, l’un des plus gros nanars jamais engendrés par le cinéma français, du gâchis de pellicule de sa première séquence à son générique de fin. Comment expliquer cette catastrophe, agressive de surcroît ? Tout simplement par l’absence de projet. Car si ce film ne ressemble à nul autre (c’est son droit, voire son devoir), il semble surtout n’avoir été conçu par personne. Juste une succession de scènes -invariablement laides et bruyantes- qui ne produisent rien, ni humour, ni angoisse, ni même les rires consternés des spectateurs, trop abattus par la profonde bêtise de l’objet. Déluge d’effets pesants, de dialogues affligeants et de vulgarité gratuite (l’indécrottable Gilbert Melki dans le rôle d’un dresseur de pitbulls misogyne), Les Morsures de l’aube mériterait un vigoureux lancer de gousses d’ail sur les écrans qui le projettent au cri de « Vade Retro, esprit Canal Plus » !