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4
sur 5

Au lieu de surfer sur la vague disco à grands renforts de kitscheries, The Last days of disco a le mérite d’esquisser un portrait en creux de cette période. Whit Stillman arrive miraculeusement à s’abstraire des clichés et de l’ensemble des images et musiques galvaudées. Ici, point de paillettes ou encore de B.O. « revival » du style La Fièvre du samedi soir. Ce qui intéresse le réalisateur dans cette période, c’est son caractère charnière, son aspect transitionnel, entre deux époques mais également entre deux âges. C’est le début des années 80, à l’aube des « années fric », les personnages ne sont plus étudiants mais pas non plus « installés », ils viennent d’arriver à New York et commencent leur premier boulot. Alice (Chloè Sevigny -excellente dans le rôle de la fille trop sage qui tente de s’encanailler) et Charlotte (Kate Beckinsale) travaillent toutes deux dans la même maison d’édition et partagent également un appartement, plus par pragmatisme que par réelles affinités. Sortir au « Club », la boîte disco « in » du moment, est un de leurs passe-temps favoris. C’est là qu’elles feront connaissance avec Des (Chris Eigeman), Jimmy (Mackenzie Astin), Josh (Matt Keeslar) et Tom (Robert Sean leonard), quatre ex-étudiants d’Harvard.

Une fois le groupe formé, Whit Stillman peut enclencher la mécanique qu’il avait déjà mise en œuvre dans ses deux films précédents, Metropolitan (1990) et Barcelona (1994), à savoir la chronique d’un groupe à une époque donnée. Ses personnages possèdent un instinct grégaire particulièrement développé et se définissent avant tout par leur discours. Des est capable de gloser sur n’importe quel sujet, Charlotte dispense constamment des conseils soi-disant attentionnés à Alice, cette dernière se montrant plus taciturne mais finalement beaucoup plus affirmée que les autres. Le « Club », lieu de passage régulier, témoigne de l’évolution de leurs rapports, de leurs amours. Peu à peu se dessine un portrait tout en finesse de cette génération de yuppies en devenir. Seule l’opposition un peu trop marquée entre les caractères d’Alice et de Charlotte manque de subtilité. The Last days of disco est cependant bien plus abouti que Studio 54 et demeure l’un des rares films intéressants de l’été.