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3
sur 5

Jérusalem, plutôt miroir aux alouettes que terre promise, voila le sujet de cette petite fable sociale. Le James du titre, c’est le dindon de la farce, l’Africain envoyé par son village pour un simple pèlerinage. Son chemin de croix commence dès l’arrivé à l’aéroport. Direction la garde à vue pour immigration clandestine, prélude à un retour imminent à la case départ. Miracle, un petit magouilleur paye la caution, libère l’intéressé et lui dévoile sa combine : débarquer des clandestins pour mieux les exploiter. James accepte. S’il faut en passer par là pour atteindre Jérusalem… D’autant que si James a beau ne rien connaître du monde occidental, il est un peu là pour apprendre et tirer profit de la situation.

Cynisme facile, satire sociale poussée à l’extrême, une photo granuleuse trop crue pour être vraie, un script métronomique, ce film avait tout pour s’effondrer. Mais de ce cahier des charges risqué, le modeste Ra’anan Alexandrowicz s’en sort plutôt bien. L’énergie faussement béate de sa mise en scène sculpte habilement les attributs sociologiques du scénario. Mieux, en choisissant de se confondre au point de vue de James, le film trouve assez naturellement son grand sujet : le troc et les magouilles, élevées ici au rang de moteur fictionnel. Le pèlerinage de James s’apparente ainsi à la structure ludique d’un jeu de rôles : instructions délivrées par un maître des jeux (le vieux père du combinard), gestion des forces (naïveté et dévotion apparente), personnages à chérir en fonction des circonstances.

S’ajoute l’obsession de ne pas se faire avoir, un leitmotiv qui rappelle malicieusement l’amplitude sociale que revêtent les apparences. Il suffit d’ailleurs d’une seule erreur pour que la main passe et que chaque personnage rejoigne son cliché social d’origine. Via ces deux mouvements classiques, Alexandrowicz décrit avec légèreté la condescendance paternaliste du bourgeois pseudo-sympa, le racisme ordinaire et les rapports professionnels dans ce qu’ils ont de plus passionnels : la jouissance absolue de l’arrivisme comme la frustration intense d’une réprimande, voire d’un licenciement. Certes, James est peut-être le seul à découvrir ça, mais peut importe. Son voyage ne manque ni de subtilité ni d’humour.