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Cinéaste indépendante, Jenniphr (encore un prénom de fashion-grognasse) Goodman réussit avec Le Tao de Steve l’exploit de faire plus crétin que la pire des daubes mainstream, confirmant ainsi l’adage hasardeux selon lequel une croûte friquée vaut toujours mieux qu’une croûte fauchée. Pour son premier essai, la jeune femme ne s’est pas torturé les méninges, et on l’imagine bien faire part de son projet à sa meilleure amie nymphomane dans un bar du Nouveau-Mexique (où le film a été tourné), entre deux Coronas et un rot bien gras :
– Tu vois Trudie (pour une meilleure amie nympho, ça sonne pas mal, ça fait un peu Trouduc’ au féminin), j’aimerais raconter l’histoire d’un gros.
– Mais pourquoi ?! (Trudie n’aime pas les gros et préfère se taper Ken, le serveur au visage de play-boy qui la broute comme personne).
– Pour montrer que les gros, eux aussi, eh ben parfois ils niquent (Jenniphr est déjà très con au naturel, mais, une fois bourrée, rien ne l’arrête).
– Ah bon ? Tu crois ? (Trudie s’imagine alors très fugacement avec une bite de gros dans la bouche, et, de dégoût, laisse échapper son tic favori, finement baptisé par Ken « le nez qui pète »).
– Ouais, même que j’ai connu un gros, au lycée, qui emballait toutes les nanas.
– Sans blague…
– Il avait inventé une espèce de théorie pour se farcir les cailles les unes après les autres (parfois, Jenniphr parle comme un vulgaire macho ; en plus, elle ne s’épile jamais les jambes).
– Et alors, t’es passée à la casserole ?
– Ca va pas ?! Laisse-moi continuer. Un jour, ce type est tombé amoureux d’une gonzesse, et alors là, impossible de se débarrasser de sa méthode et de laisser place à sa nature véritable.
– Oh, c’est horrible ! Le pauvre… (Trudie est soudain prise d’une incroyable compassion pour le gros, ce qui ravit Jenniphr, désormais sûre qu’elle tient là une idée du tonnerre).
– Pas mal non ?
– Oui, mais après il se passe quoi ?
– Euh… happy end !
– Génial !
– Ouais, c’est du jamais vu.
– T’as déjà une idée pour le rôle principal ? Brad Pitt ? Tom Cruise ? (Trudie se voit déjà prise en sandwich entre les deux acteurs, sauvagement pilonnée par la crème du star-system).
– Ben non, un gros.

Fin du rêve, retour brutal à la réalité.
« Le cinéma indépendant, c’est de la merde ! » pense Trudie en gerbant dans les chiottes ses derniers espoirs de sodo hollywoodienne.