Lorsque Nicolas Hulot nous gremlinise son Ushuaïa après nous en avoir nourri quinze ans durant, diffusé pourtant avant minuit, cela donne un mi-cuit. Une sorte de compilation de faces B de son époque Tahiti Douche et qui, aujourd’hui, sortie au milieu de tout ce fatras de produits-clones, passe entre les gouttes acidifiées d’un cinéma du petit militant se rendant compte avec retard, et de concert avec quelques autres scouts de la caméra, que la planète agonise. D’autres avant lui avaient senti le bon filon et s’étaient conformés au film sirène d’alarme : Gore, Di Caprio, même Arthus-Bertrand et en attendant Bougrain-Dubourg, Onfray ou Michaël Moore qui nous expliquera bientôt les dérives du mouvement écolo et ses détournements de fonds.

Deux noms apparaissent à la réalisation de ce Syndrome du Titanic : Hulot et Lièvre. Ce qui explique l’évidente schizophrénie d’un film hésitant entre établir un constat de la nature humaine (excellente proposition) et un produit carte postale sur la déchetterie toxique que la Terre est en train de devenir. Images à la plastique irréprochable mais vides de sens, taille Grand Canyon le plus souvent. Paysages urbains désolants, nature désolée, dans chaque cadre, on recherche, affamés, autre chose qu’une carcasse de suggestion. Alors Hulot, comme la plupart des autres réalisateurs, puisqu’il se confronte lui-même au vide, et parce qu’il nous prend pour des idiots, tartine son film de commentaires alarmistes façon Petit Prince sous skunk. Comme si certaines images ne se suffisaient pas à elles-mêmes. Comble de la démence précoce ou farce avant-gardiste : il imite la voix de Giscard d’Estaing pour nous raconter, en substance, que l’homme n’a pas compris ce pour quoi il était sur Terre : aimer son prochain, le prendre dans ses bras. C’est le consumérisme outrancier qui nous amène droit à notre perte, la course à la technologie, celle-là même qui lui permit d’être diffusé en NICAM lorsque le service public tournait encore en 16mm.

Surtout, le plus grand défaut du Syndrome du Titanic, de ses réalisateurs et producteurs, est de ne pas avoir mentionné la source de leur inspiration. Pourquoi s’être mis bille en tête de dépenser autant pour ce tournage alors qu’un film trentenaire, autrement plus visionnaire mériterait une ressortie mondiale ? En 3D même, pour donner l’illusion d’une oeuvre contemporaine. Koyaanisqatsi, de Godfrey Reggio, enveloppé dans un linceul musical de Glass est assurément plus taillé pour le grand écran et la postérité, et la moindre des choses aurait été d’assumer cette filiation filmique plutôt que de la laisser enfouie dans les abysses, quelque part à côté d’où repose déjà ce film. Car Koyaanisqatsi rend compte de la laideur et de la tristesse de l’urbanisation globale comme ne le fait jamais le film de Hulot, trop embringué à faire du simplisme à force de nous prendre pour des simplets. Proche de la fin, on croit qu’il va dévoiler son héritage, mais il se fourvoie dans une pauvre imitation de son aîné qui confirme pour de bon qu’il est sur un mode « made in Taïwan » jamais assumé. Comme il est, le film a le niveau d’un programme en alternance les samedis matins au Futuroscope, et c’est toujours mieux que de se faire détruire pour contrefaçon.

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