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Avec cette adaptation d’une pièce de théâtre homonyme, Pierre-Olivier Scotto pensait sûrement tenir le bon filon. En dépassant l’habituel « un quinquagénaire drague une minette » pour passer directement à « comment un homme bien mûr (mais pas trop quand même car il doit rester séduisant sinon le spectateur risque de rejeter la combine) peut-il vivre avec une jeune femme ? », il situait d’emblée son sujet dans des eaux plus originales que la moyenne (tendance basse quand même). Là-dessus, un coup de génie du scénariste greffait un compte à rebours à effet de suspense insoutenable : la pétillante (la jeunesse ça pétille) Lulu va-t-elle quitter Roman, le séducteur immature (donc encore jeune) et décati, à la fin du week-end ?

Imparable a priori ! Erreur, Le Roman de Lulu ne fait que traîner toutes les casseroles du boulevard au cinéma sans rien y apporter de neuf, ni nous hérisser un poil. Pantins et stéréotypes défilent, à la vitesse petit v, quelques flashes-back sur le mode « je me souviens / tu te souviens » échouant à emballer l’affaire. Un château de cartes déjà bien branlant actionné par une idée aussi faussement complexe que bête : Roman aime tellement Lulu (elle l’aime autant en retour) qu’il veut la quitter (ou qu’elle le quitte) pour faire son bonheur plus tard. S’ensuit donc une valse hésitation aux allers retours parallèles et interminables (pars, non reviens ; je pars, non je reviens) avec dialogues en toc à profusion, présentés dans un écrin de pacotille.

Ici, la notion de décor signifiant envoie allègrement balader celle du lieu cinématographique : les scènes romantiques se passent sur la grande roue illuminée, les disputes au milieu d’une circulation automobile agressive, et les interminables palabres sont hébergées par les salles de restaurant. A chaque sentiment son cadre et les émotions seront bien gardées. Et comme l’emprise de ce tout-puissant décor écrase forcément par sa bête rigidité l’statement humaine, pour rivaliser avec lui, le réalisateur passe au gros plan et les acteurs aux mimiques surexpressives. Et vogue la comédie grimaçante. On peut en rire, ou pas. Car paradoxalement le plus grave dans ces cas-là, que l’on s’extasie ou que l’on ironise, c’est le triste constat d’un manque d’attention pour les personnages, d’un manque d’amour finalement. Un sentiment toujours désagréable.