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Dans la grande tradition « comédie populaire à la française » qui fait rage depuis le triomphe du Placard, Le Raid enchaîne les clichés à la manière d’un jeu de l’oie franchouillard et pathétique. La trame « Club Med » du film, ultrabasique (une bande de pieds nickelés accompagne une jeune bourgeoise dans un raid avec pour mission de l’éliminer), repose sur des cabotinages infects et quelques gags rancis qui se battent péniblement en duel.

Le Raid, c’est un peu La Boîte de Claude Zidi à ciel ouvert, avec une touche neuf-trois pour toucher un public plus branché. On y largue une poignée de pseudo-cailles dans la nature en attendant de voir ce qui se passe. Résultat, une suite de plantages tentant de faire illusion dans un cadre exotique : les blagues plombées fusent, la vulgarité afflige, le tout sous couvert d’un esthétisme modernisant (mouvements de caméra hystériques, musique vrombissante, effets numériques à deux francs) qui tente de masquer l’ambition bassement mercantile du projet. A la mise en scène brouillonne de Bensalah s’ajoute, surtout, une agressivité primale qui donne à beaucoup de scènes un aspect incroyablement malsain. En cela, la violence (du sujet, des dialogues, des images) semble beaucoup plus dangereuse que tout ce que le cinéma d’épouvante « officiel » peut générer. Sous couvert d’être un divertissement des familles, Le Raid se permet tout : fusillades exténuantes, obscénité, tirades graveleuses qui, derrière la volonté d’humour, révèlent une incompressible propension à la complaisance.

Comme chez son frère jumeau du moment (Le Boulet, dont nous vous parlerons prochainement), c’est à une vision limite raciste et haineuse du monde que nous convie le film : l’exotisme, la beauté des paysages n’y sont que prétextes à délocaliser le fourre-tout de la petite comédie poujadiste de bas-étage. Les acteurs, évidemment, se fourvoient tous sans exception dans ce naufrage. La mention spéciale revient sans contestation possible à Lorant Deutsch (histrion des pubs Yop) : sa nullité proprement hallucinante, fondée sur un phrasé et une gestuelle forcées, une tendance à la fausse bonhomie totalement antipathique, risquent de traumatiser le plus mauvais des apprentis comiques de « Graines de stars ». Opportuniste et racoleur, empli d’une sorte de suffisance décérébrée, Le Raid fait partie de ces expériences pénibles mais « nécessaires » qui permettent de constater le niveau de régression (on se croirait revenu au temps des pochades d’Aldo Maccione ou des Charlots) où est tombée une certaine comédie populaire made in France depuis l’avènement de Taxi.