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Vous vous souvenez de la Yellow Brick road du Magicien d’Oz ? Chez Robert Zemeckis, elle est devenu une voie ferrée en images de synthèse. Suivie par des mômes en images de synthèse. Guidés par un conducteur de train en images de synthèse qui ressemble à Tom Hanks. Tout comme le petit garçon héros du film, son père, un mystérieux clochard, une marionnette et le père Noël. Tout ressemble à Tom Hanks dans ce film. Tout du moins à l’image de grand dadais débonnaire vaguement naïf qu’il trimballe dans pas mal de films. Notamment et surtout ceux de Robert Zemeckis. C’est marqué sur l’affiche : il faut y croire.

C’est justement le problème avec Le Pôle express. Ce film d’animation au top de la 3D donne plus l’impression d’être dans un Being Forrest Gump que dans un conte de Noël. Du bouquin, pas trop mal dans son registre, de Chris Van Allsburg, il ne reste que dix minutes d’ouverture et dix de conclusion. Au milieu, 77 autres devenues la hotte de Zemeckis, remplie à ras bord de ses plaisirs enfantins de cinéaste : de la technologie dernier cri, mais aussi des péripéties par dizaines. Jusque-là, le réalisateur était resté plus ou moins sympathique avec des films utilisant un récit pour y insérer en douce, et en arrière-fond, des innovations techniques nickel parce qu’assez discrètes. Avec Le Pôle express, il est devenu un gamin excité qui frime en montrant à tout le monde ses nouveaux jouets particulièrement onéreux.

Voici un conte de Noël où on applaudit avant tout des guirlandes qui recouvrent et éclairent de trop un sapin particulièrement malingre. Excepté une ou deux séquences assez renversantes (un ticket de train volant, l’apparition d’un aigle…), le scénario de cette balade en train vers le Pôle Nord est aussi fastidieux qu’un Brest-Toulon en wagon corail seconde classe : ça secoue dans tous les sens et on regarde souvent sa montre en se disant « quand est-ce qu’on arrive ? ». Alors on regarde les paysages… La suprématie technique du Pôle express paraît moins performante quand on se surprend à comparer les six rôles virtuels tenus par Hanks. Chacun laissant apparaître des petites fissures au niveau des expressions faciales bizarres et un manque de vie dans les yeux. Comme un bug qui viendrait confirmer encore et toujours que tout ceci n’est qu’une piètre imitation de la vie. Tout comme Le Pôle express est une imitation de cinéma, confondant divertissement familial et parc d’attractions de studio hollywoodien. Film et démonstration technique. Un poil inquiétant quand on sait le discours du film intégralement basé sur une restauration de la foi où il faudrait croire aux nouvelles images comme on croit au Père Noël. Aux Etats-Unis, Zemeckis est en train de se prendre un bide avec 30 millions de dollars de recettes en cinq jours contre ses 270 investis. Alors si ça ne prend même pas là-bas…