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sur 5

Devenu presque un label de garantie dans le domaine du fantastique, -seul son nom est présent sur les affiches du film-, Wes Craven ne profite pourtant pas de sa notoriété pour sortir du rang en matière de production. Alors qu’il a toujours su faire preuve d’une certaine originalité dans les oeuvres conçues par ses soins (voir la maligne trilogie des Scream), le cinéaste se révèle bien moins audacieux lorsqu’il s’agit d’initier les projets des autres. En témoigne ce Peuple des ténèbres, slasher movie consensuel et ennuyeux, oublié sitôt vu. Malgré une idée de départ plutôt fascinante -explorer le monde des cauchemars enfantins en mêlant rêve et réalité-, Roger Harmon restreint son sujet à ses occurrences les plus basiques : une série de courses-poursuite mortelles entre les héros et les créatures qui viennent les terroriser la nuit. Au lieu d’opacifier son sujet en plongeant dans ces minutes liquéfiantes qui surviennent juste après un mauvais rêve quand on ne sait plus où s’arrête l’illusion et où commence le réel, le film préfère éluder tout mystère au profit d’un dispositif nettement plus trivial.

Contrairement à ce que son énigmatique titre américain -le très abstrait They– laissait présager, Le Peuple des ténèbres lève de suite le voile quant à l’identité et la véracité des monstres menaçants. Au lieu de les maintenir dans l’ombre, à l’état de semi-fantasmes, Robert Harmon choisit de les montrer comme s’ils étaient bien réels. Du coup, le film perd de son intensité, l’intrigue étant déjà à trois-quart résolue. Encore moins originales, les scènes d’action sont filmées assez laborieusement et, pire, font preuve d‘une pénible fumisterie scénaristique. Alors que les héros sont censés ne jamais se retrouver dans le noir, sous peine d’être rejoints par les vilaines créatures, ils s’empressent à chaque moment du film de s’engouffrer seuls dans des endroits confinés : une piscine couverte la nuit, le métro à l’heure de la fermeture, et même, la cave ! Impossible alors pour le spectateur de vraiment adhérer à ce récit prévisible duquel ne se détache aucun pic d’action digne de nous raidir au moins une fois sur notre siège.