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Producteur de Guy Ritchie, Matthew Vaughn passe réalisateur après la défection de son poulain pour qui ce Layer cake était initialement destiné. Difficile de se réjouir ou de se lamenter tant la signature des deux hommes se confond. Hormis l’humour et la fluidité, moins présents ici, le clonage est quasi-parfait. On retrouve tous les tics chichiteux qui empoisonnent le néo-polar britannique devenu depuis quelques temps un oasis pour petits malins faussement virtuoses, incapables d’insuffler une quelconque élégance à leur maniérisme. Il suffit de compter les survivants du genre pour mesurer l’ampleur du désastre : Danny Boyle (Millions), sérieusement limité mais toujours vigoureux en artificier post-adolescent ou Paul McGuigan (Rencontre à Wicker Park), micro-styliste frivole au graphisme coupant et racé. Malheureusement pas le cas de Matthew Vaughn qui synthétise mieux que personne les écueils de cette grammaire clinquante en moulinant la grandiloquence à tout va, tuant dans l’oeuf toute idée de cinéma. D’où le coté zombiesque de Layer cake, film mort vivant, dépersonnalisé, démembré, condamné à la convulsion d’images permanente sous peine de coma définitif.

Londres, cité du crime vue comme une galerie Lafayette géante. Le héros (on ne connaît pas son nom, wouah, grand film) est un dealer chic qui voudrait se ranger des voitures. L’anti-gangster en apparence, plutôt chef d’entreprise droit dans ses bottes. L’ouverture du film le voit rêver d’un monde où la cocaïne, devenue légale, s’étalerait dans les rayons d’un magasin de luxe, empaquetée comme du Chanel, belle séquence où Vaughn retapisse numériquement une pharmacie pouilleuse en Séphora décadent. Seul instant de grâce, qui s’épaissit dès que l’intrigue commence, une banale succession de coups fourrés, genre L’Impasse pour les nuls. Vite débordé par le flot d’information, le film part alors en roue libre, incapable de faire le tri dans la conduite du récit, Vaughn allant jusqu’à customiser la moindre poussière d’action. Ça marche par intermittences comme l’effeuillage de la maîtresse du héros, moment purement figuratif, avant de sombrer dans l’enfilade publicitaire indigeste et pathétique où un simple trajet en voiture se transforme en réclame pour berline sur fond de pop assourdissante.

Le pire dans tout ça, c’est qu’on ne sent même pas le cinéaste s’amuser de ses propres abattages. Pas un gramme de jouissance, pas même un délire vulgaire de frimeur, juste du tunning de secours, presque scolaire. Il y a dans Layer cake une honte à ne livrer qu’un champs contre champs ou un plan moyen, une immaturité d’ado boutonneux qui s’en remet au surboost par devoir, même lorsqu’il s’agit de filmer un personnage en train de faire son créneau ou de boire une bière. Rien ne suffit à dissiper ce sentiment de labeur permanent, ce souffle suant du réalisateur à mener ses scènes à bout. Chaque coupe est un ouf de soulagement mêlé de frayeur. Difficile de faire plus pénible.