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4
sur 5

La force, la beauté de l’évidence. De retour à Medellin après une longue absence de trente ans, Fernando rencontre Alexis dans un bordel. Instantanément leur relation est placée sous le signe de la certitude, certitude d’un amour, d’une union limpide entre deux êtres qu’a priori tout sépare. Ce couple pourtant improbable, l’un est un intellectuel d’âge mûr, l’autre un tueur adolescent, ne souffre d’aucune remise en cause possible. Avec et à travers Alexis, Fernando va (re)découvrir sa ville natale. Sans cesse, ils sont confrontés à la violence et à la mort ; des hommes sont abattus sans raison, pour une peccadille. Et là encore, Barbet Schroeder, à l’instar de la relation entre les deux hommes, adopte superbement une approche minimaliste, exempte de toute dramatisation. La mort plane sur la ville et Alexis n’en est qu’une des nombreuses et éclatantes manifestations. D’une beauté foudroyante -le réalisateur le qualifie très justement, dans le dossier de presse, de Montgomery Clift de la rue à seize ans-, il incarne l’ange de la vengeance et de la violence. Un quasi-enfant qui s’est octroyé le droit de vie et de mort, mais qui n’est lui-même qu’un cadavre en sursis.

Tourné dans des conditions extrêmes -les rues de Medellin-, La Vierge des tueurs nous convie à une plongée dans les ténèbres. La ville est en proie à une démence collective, on tue son voisin parce qu’il fait trop de bruit avec sa musique et lorsqu’un feu d’artifice illumine le ciel c’est pour fêter l’arrivée d’une cargaison de cocaïne aux Etats-Unis. Fernando s’immerge totalement dans la nouvelle réalité de son pays jusqu’à ce qu’il soit submergé par elle, lorsque Alexis finit par être tué à son tour. A force d’amonceler du réel (la vision documentaire des rues de la ville, l’utilisation de la vidéo haute définition, une violence de plus en plus prégnante), B. Schroeder se rapproche paradoxalement du fantastique. Le réel, à force d’excès, d’outrance, devient hallucinogène, telle cette magnifique scène où une pluie de sang se déverse sur un quartier de Medellin, et dont les flots inépuisables semblent prêts à engloutir l’ensemble de la ville. Dans La Vierge des tueurs le monde semble au bord de l’apocalypse. Et le mortifère pèlerinage de ce vieil homme dans son pays n’en est que le terrible et implacable prélude.