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Poésie bucolique du dossier de presse : »Il y a dans l’air, comme cela, un étrange mouvement, une envie d’aller voir un petit village de l’Aveyron, oui, un petit village comme des milliers d’autres en France. Mais pourquoi donc ? Parce que ces personnages d’une « vie comme elle va », simple, chaleureuse, réconfortante (…) nous font rire et nous émeuvent ». Najac, donc : un patelin au milieu des prés, où ruminent les bêtes et dépriment quelques âmes perdues. Sa grand’route, sa mairie, sa fanfare. Attention traquenard : ce documentaire n’a rien d’une promenade champêtre. C’est le voyage au bout de l’enfer d’un citadin (Jean-Henri Meunier) plongé dans l’Apocalypse du monde rural. Ames sensibles s’abstenir : Meunier filme chaque personnage, chaque décor, comme un pur trauma. En plans fixes, sans un mot, avec pour seules armes ses contre-plongées délétères et ses gros plans orduriers. Anthropologie et sociologie de kermesse de troisième zone. Jean Rouch, version Z.

Il y a le chef de gare, gentil fainéant, tellement surréaliste, qui passe ses journées à arroser son pot de géranium et à faire la sieste. Le père Sauzeau, paysan bricolant des gyrocoptères géants avec des boîtes de conserves (il a beau pédaler, la machine ne décolle pas) et collectionnant les poupées pour habiter sa maison solitaire. Emotion. Pendant ce temps, en plan macro, la vieille madame Causse, centenaire râleuse qui guette derrière son carreau, chante l’Internationale de sa voix éraillée à l’heure de la soupe. Ritournelle obsédante et cauchemardesque du film (elle meurt en plein milieu). Humour : l’enfant terrible du pays, Christian Lombard, tente désespérément d’emballer la gueuse. Bredouille, il en revient toujours à sa bouteille de Cointreau récupérée dans une déchetterie. Gore : la fermière Dardé, croisement entre Jackie Sardou et Jean-Pierre Raffarin, zigouille les poulets d’un œil malicieux dans sa boîte à pâté. Son chien lèche goulûment le sang tombé sur la caillasse de l’arrière-cour. C’est la fête. Le maire Bouyssières joue du saxo sur la place du village, quelques touristes tombés là par hasard sourient d’un air gêné.

Meunier filme, enregistre. Sa caméra ne capte pas : elle benne. Les personnages s’enferment dans un jeu pathétique (le clown sympa Piccolo qui « traverse la vie au son émouvant de sa trompette », le long d’une carrière), misère et détresse s’installent à tous les plans. Clip final impensable : à la lumière d’une ballade spécialement composée pour l’occasion par le troubadour du coin (« allo la terre, ici Najac »), les phénomènes posent, un à un, devant le panneau d’entrée du village. Effets de montage invraisemblables (une tête de veau en gros plan répond à la contre-plongée sur un paysan édenté), absence de tout regard, pornographie de chaque séquence (derrière une fenêtre, le boucher découpe un porc dans son salon en regardant le 20 heures) : nous somme ici entre western, mondo-film et ovni pur et dur. Les paysans de Massacre à la tronçonneuse ou de Délivrance ne sont rien à côté de ceux-là, pris dans le filtre froid et cruel, évidemment tronqué, de la caméra-poubelle de Meunier. Pas plus documentaire que film, cette Vie comme elle va : simplement un gros caca sociologique obscène, stupide et malhonnête.