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4
sur 5

Une réalisatrice et une comédienne aux trajectoires mêlées émergent de concert : Emmanuelle Bercot et Isild le Besco ont en commun trois films, dont La Puce constitue le pivot. Avec Les Vacances en 1997, leur première collaboration, la réalisatrice, élève à la FEMIS, signe un court métrage stigmatisant les difficultés d’une mère célibataire à offrir à sa fille le minimum : des vacances. Lors du montage de cette première fiction, Emmanuelle Bercot perçoit en regardant les rushes d’Isild « une émotion devant cette image, d‘autres images que j‘ai eu envie de tourner, un visage que j‘ai eu envie de filmer d‘encore plus prés ».

Quand elles se retrouvent pour le tournage de La Puce, Isild a grandi, et la réalisatrice filme ce rite initiatique dans la vie d’une femme que constitue « la première fois » où elle fait l’amour avec un homme, comme elle l’avait pressenti, de très près. Loin de la folie nostalgique que dépeignait Noémie Lvovsky dans son récent film La Vie ne me fait pas peur, Emmanuelle Bercot a voulu filmer cette scène presque « en temps réel ». A ce réalisme du temps s’associe un traitement très sensitif de l’image. Tout au long du film, la caméra de Crystel Fournier (cadreuse du film) frôle les personnages, s’insère entre eux pour créer cette atmosphère « palpable » engendrée par le travail sur le grain de la pellicule. Une certaine révolte adolescente, une impertinence du corps empreinte de naturelle pudeur, les cheveux blonds en pagaille, Marion est la sirène de la plage. La réalisatrice s’attarde sur ce corps émergent : ses doigts coulent dans le sable, ses cheveux s’envolent. Ce prologue à la partie la plus importante du film, le dépucelage, est comme une répétition générale sans l’Acte. Marion se livre à Marc, Marion attend, Marion fuit, et finalement revient pour conclure. Face à elle, Marc, interprété par Olivier Marchal, offre un contrepoint calme, une présence masculine, sans jamais, malgré la différence d’âge qui les sépare (une quinzaine d’année en la faveur de l’homme) prendre l’avantage.

Ce ton original qu’elle a élaboré au cours de ses deux films réalisés à l’école, Emmanuelle Bercot a su le confirmer dans un téléfilm produit par M6 : Le Choix d’Elodie, son troisième, et pour l’instant, dernier film avec Isild Le Besco. Maintenant, toutes deux vont pouvoir continuer séparément une route, très joliment engagée avec Les Vacances et La puce