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sur 5

De retour du bayou (le regardable Dans la brume électrique), Tavernier remet le cap sur le genre qui fit sa gloire : le film d’époque. Passé par le Moyen Age, par le XVIIe, le XVIIIe, et puis le XIXe, et puis deux fois par la Première Guerre mondiale et deux fois aussi par la Seconde, Tavernier retourne au musée, inaugure une nouvelle pièce. Difficile de dater précisément ce nouveau chapitre, tant le film donne l’impression que deux époques, ensemble, passent au tamis de la reconstitution. D’abord, facile, c’est le seizième, chapitre manquant dans le manuel et retrouvé dans les pages de Madame de La Fayette. La Princesse de Montpensier conte le destin de Marie de Mézières, mariée de force au prince de Montpensier, lequel enrage de la voir toujours entichée du Duc de Guise, lui-même rejoint dans ses ardeurs par deux autres prétendants, l’un vieux et résigné (son précepteur le Comte de Chabannes), l’autre fougueux et un peu queer (le duc d’Anjou, futur Henri III).

Que le duc d’Anjou ait l’air d’un membre de Tokio Hotel fera sourire tout le monde à l’exception des profs d’histoire, auxquels le film est dédié. Pas un personnage ici qui ne se plie à la lourde contrainte de la vraisemblance (on dit qu’en effet le duc était coquet, qu’il avait un goût pour les boucles d’oreilles), pas une scène qui ne transpire le labeur de la reconstitution. Malédiction du label « Maurice Druon présente », qui parasite tout, neutralise toute possibilité pour le film de trouver une forme : pas facile de s’intéresser à une scène de repas quand tout le casting autour de la table est occupé à rappeler qu’au XVIe on mangeait avec les doigts, pas facile d’écouter ce qui se dit quand la moindre paire de rideaux concourt au César du meilleur acteur. Il faut chercher l’anachronisme ailleurs, par exemple dans la sortie aujourd’hui d’un film tel que celui-ci (on ne parle même pas de sa sélection à Cannes), dont la passion de la reconstitution lui fait ressusciter d’un seul élan deux époques, le XVIe et en même temps les grandes heures de L’ORTF. A la longue ce décalage est même assez fascinant, moins dans les dialogues de compét’ que le casting articule comme s‘il passait le concours d’entrée de la Comédie Française, que dans les scènes de combat, invraisemblablement dévitalisées, impitoyablement comiques. Avec elles et indéniablement, le film remporte sur les deux tableaux le pari de la reconstitution : on jurerait voir un épisode de Thierry la Fronde.