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2
sur 5

Richard (Leonardo Dicaprio), jeune routard américain, est parti s’encanailler en Asie mais difficile de sortir des sentiers battus dans un monde balisé par les milliers de pages des guides de voyage et défloré par les charters vomissant des touristes en quête d’authenticité. Une rencontre dans un hôtel à Bangkok va pourtant le mettre sur la piste d’un lieu intact sur le globe ; une île connue seulement de quelques élus. Accompagné d’un couple de touristes français (Virginie Ledoyen et Guillaume Canet), il part donc à la recherche de cet éden ignoré des tour-operators, qui fait le bonheur d’une communauté de hippies fin de siècle.

Trouver une île grâce à une carte mystérieuse, éviter les pièges, franchir les obstacles, échapper aux méchants, la logique interne de La Plage est celle du jeu vidéo (l’interactivité en moins). Un film ludique relevé à la sauce exotique des paysages thaïlandais et servi par un casting midinette à souhait dont on aurait pu se contenter si l’ensemble n’avait été parasité par des clichés on ne peut plus cheap. Poisson frais, sable blanc, eau azurée, baise assurée, le paradis terrestre selon Danny Boyle évoque n’importe quelle page de papier glacé d’un catalogue du Club Med, les pétards étant en supplément. Une sorte d’éden de supermarché où le mythe du retour à l’état de nature se voit agrémenté d’effets branchés ; après avoir pêché son poisson frais, quoi de mieux que de faire une petite partie de game-boy sous les palmiers ? Les dérives fascisantes d’un plaisir à tout prix -pour ne pas perturber son bonheur, la communauté n’hésitera pas à isoler l’un de ses membres blessé dans la forêt pour ne plus entendre ses cris de souffrance- ne fournissent pas suffisamment d’enjeux pour oublier l’aspect risible du film, sa « branchitude » arborée à chaque plan, à chaque note de la bande originale.

La Plage avec son exotisme bon marché et ses Robinson à la petite semaine confirme avec éclat que l’addition d’éléments qualifiés outrageusement de « culte » (roman d’Alex Garland + réalisateur de Trainspotting + Leonardo Dicaprio) ne donne pas forcément un film culte. A force d’accumuler, on finit par bégayer et trouver ça assez cucul.