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Tout juste sorti de prison, Dris (Samuel Le Bihan) est bien décidé à se réinsérer au sein de la société, quitte à pâtir de la précarité (il décharge des caisses de légumes). Mais son cousin Yanis (Samy Naceri) tente de le ramener à ses premières amours, le grand banditisme et le fric facile, les guerres de gangs et la frime à gogo…

Petites frappes sans vergogne, cailleras flingueuses, « j’te nique ta race si tu la ramènes », le monde des hors-la-loi vu comme un panier de crabes hargneux, incultes, terrifiants à force de bêtise et de vulgarité. La Mentale, c’est ça, un tableau de ces gens-là, pourquoi pas ? Sauf que Manuel Boursinhac ne sait jamais où il va, se la joue grand seigneur de la fiction avec dialogues surécrits et « gunfight tragédie », la modestie rangée au placard. Ce qui compte, ici, c’est moins les personnages que la réplique mortelle, la scène d’action qui déchire ta race au détriment d’un projet global. Hélas, même ce pseudo-brio se dégonfle d’emblée comme une baudruche : emphatique jusqu’au bout des ongles, Boursinhac s’avère incapable de signer un plan digne et s’acharne plutôt à suivre le trajet saint-sulpicien de Dris dans une sorte de ragoût douteux où les protagonistes les plus détestables bénéficient d’une trouble fascination, comme érigés en modèles téméraires d’un univers dépourvu de toute morale.

Le pire, c’est que les auteurs (Boursinhac et son co-scénariste Bibi Nacéri, frère de Samy) se réclament de Jean-Pierre Melville, rien que ça. Les deux compères ont oublié en chemin que les personnages du Doulos ou du Samouraï, contrairement aux leurs, étaient porteurs d’une authentique noblesse, d’une fatalité douloureuse, mélancoliques jusque dans le meurtre, garants malgré tout d’une certaine éthique, d’un code d’honneur qui leur permettait d’échapper à une condamnation sans appel. « La Mentale », selon le dossier de presse, serait pourtant « la loi de ceux qui vivent au-dessus de la loi », mais les seules règles qui tiennent ici sont celles de la trahison. « La société est pourrie, alors pourquoi pas nous ? » semblent se demander les héros de cette daube suffisante, limite odieuse, où chaque acteur cherche à tirer la couverture à lui dans un registre commun : celui de la tchatche habile, de la vocifération tous azimuts et de la violence verbale comme physique. Au risque de paraître réac’, on se refuse à cautionner de tels procédés d’identification…