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sur 5

Un tueur atteint d’Alzheimer face à deux flics traqueurs de confidences. Un pitch alléchant qui prédisait au minimum une chouette série B inventive et retorse. Peine perdue : le jeune Erik Van Looy n’a rien d’un petit malin, encore moins d’un petit maître. Reste son sens commun du business : jamais en avance, voire un peu en retard sur l’air du temps, il renifle les tendances (les thrillers copistes d’Hollywood à la Besson-Goldman), aspire les phénomènes de société à la Zone interdite. Financé en grosse partie par la télé, son film transpire tellement le deal confortable qu’il relève finalement de l’entende cordiale. Principales lignes de ce véridique contrat / cahier des charges : un long métrage contre une franchise type Rivières pourpres, déclinable en série type Julie Lescaut en cas de carton plein. Carton qu’il a d’ailleurs été en son pays, devançant même Matrix 3 ou Kill Bill.

On retrouve donc un tandem de flic cérébral-instinctif, les sujets d’actualité (pédophilie, politicards corrompus) et de l’action à gogo avec gros flingues, vieux bricars et belles pépées. L’ouverture pourrait même presque faire illusion : une scène complexe, bien cadrée, une musique stressante, un gros barouf de flingues et un enfant en danger. Mais plombante à souhait, l’issue de la scène dessine très vite les intentions réelles du film. Archi-sérieux, ultra laborieux, La Mémoire du tueur fait du renoncement son moteur : on laisse tomber la mise en scène (Alzheimer et le reste, torchés en deux-trois effets clipesques), on surprend par des coups classiques de scénario (traque, fusillade, révélation), on jonglotte avec les figures imposées. Et deux couleurs en guise de charte graphique : le bleu de la photo et le rouge du laser.

Content d’être là, Van Looy s’en contente, intimement persuadé que son conformisme dévot aux tics hollywoodiens palliera ses lacunes de réalisateur. Une naïveté qui amène le film aux cimes du ridicule involontaire, grave quand il montre des vieux cochons vicieux bourrés de fric, la langue pendante dès qu’une pute de seconde zone allume une clope, l’oeil mouillé devant le corps d’une victime. Ainsi sclérosé, le film délivre sans appel d’air l’odeur poujado-renvancharde du bouquin des années 70 dont le scénario s’inspire, histoire d’imprimer une marque plus nationale qu’Américaine. Un peu son côté affaire Dutroux-Niouls, qui fait de La Mémoire du tueur un indéniable effet cathartique aux fantasmes populos de la frange braillarde du plat pays.