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sur 5

Alan Quatermain, Dr Jekyll, Mister Hyde, une vampirette, Dorian Gray, un homme invisible, Tom Sawyer et le Capitaine Nemo sont sur un bateau -le Nautilus- (qui tombe à l’eau ?), soit sept célébrités fictives (ou huit, c’est selon) recrutées à l’arrache pour sauver le monde au tournant du siècle dernier. Cette nouvelle et assommante adaptation d’un comic-book d’Alan Moore (après l’imparfait mais honnête From hell), ressemble surtout à un carnaval dégénéré : Tom Sawyer rêve de s’envoyer en l’air avec une vampire, laquelle se prend une main aux fesses de la part de l’homme invisible, pendant que Dorian Gray se fait refaire le portrait par des warriors blindés, que le capitaine Nemo fait du kung-fu et que Mister Hyde -gros bibendum décharné suintant des boulettes de caoutchouc à la moindre contrariété- galope sur les toits de Paris. Pour clore l’affaire, un décorum ivoire et gris sur lequel trône un Nautilus moche comme un poisson pané décongelé, un script barbouillé à la truelle et une narration toute bancale -au bout de trois minutes et demi de film, l’arrivée burlesque de l’émissaire de l’Empire britannique, suant à grosses gouttes, qui avale la moitié de son dialogue : « bonjour monsieur Quattermain, vous allez conduire une ligue de gentlemen extraordinaires -ah bon ? ».

Dans cette épaisse tambouille, l’inoffensive idée de base -rameuter une dream team de figures légendaires- se transforme vite en un catalogage de références littéraires gratuites balancées au détour d’une phrase. Ainsi l’affreux Mister Hyde serait responsable du double assassinat dans la rue Morgue, et le moindre chauffeur de voiture se sent obligé de se présenter comme un héros de papier (« appelez-moi Ismaël »). Reste la relativement intrigante présence de Tom Sawyer, intrépide yankee venant prendre la relève des héros crépusculaires de la vieille Europe, uniquement là pour satisfaire le culte de l’héroïsme à l’américaine : les Britanniques possèdent un don, leur puissance ne tient qu’à un cadeau de la nature ou un coup du sort, mais l’Américain, lui, ne doit rien à personne et crée son mythe ex nihilo. Il n’y a guère d’étrangeté, finalement, dans ce remue-ménage bruyant et laid. Pour voir se télescoper des monstres sacrés sur un ring de cinéma, mieux vaut attendre le 29 octobre 2003 et le match des viandards entre Freddy et Jason, arbitré par Ronny Yu.