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2
sur 5

La Guerre à Paris a pour principale qualité de changer radicalement des récents films ayant abordé de front la Seconde Guerre mondiale. Nulle question ici de tenter de justifier une improbable rédemption (le « bon » collabo type Monsieur Batignole ou le « bon » nazi vu dans Amen). Le point de vue abordé ici, celui des victimes, touche tout d’abord par sa sobriété. La gravité de la mise en scène de Yolande Zauberman se révèle, dans les premières scènes, d’une élégante pudeur : précision des cadrages, photographie fine et glacée, interprétation tirée à quatre épingles.

La tragédie vécue par Jules (Jérémie Rénier), qui doit pour sauver sa peau et celle des siens, se transformer en informateur des services de la Gestapo, n’apparaît que comme un prétexte scénaristique : refusant comme Costa-Gavras ou Jugnot de faire reposer le film sur un simple artifice mélodramatique, Zauberman dérive rapidement vers une sorte de portrait impressionniste et funèbre d’un Paris nocturne et inquiétant. Rapidement, Jules se retournera contre le chantage et le film ne sera plus que le récit de sa cavale. Tableau digne d’une humanité traquée, au bord de précipices sans nom, La Guerre à Paris trouve par instants une puissance sourde et contenue qui explose en quelques scènes particulièrement troublantes (la révolte de Jules qui désamorce tout l’enjeu du film au bout d’un tiers de métrage).

Pour autant, le systématisme de la mise en scène de Zauberman -notamment un recours à la musique très pesant- empêche le film de tourner à plein aux moments les plus attendus. Jouant sur la limite avec brio, La Guerre à Paris finit par céder à l’appel de procédés trop visibles, s’écroulant dans sa dernière partie en une démonstration trop appuyée qui annihile tout ce que le film a patiemment construit. Il n’empêche : voir Elodie Bouchez jouer dans un bon film est une chose suffisamment exceptionnelle pour que La Guerre à Paris laisse quelques traces. Car la réussite du film vient aussi de cela : sa façon de transposer un petit cinéma parisien sclérosé (et ses icônes officielles : Grégoire Colin, Jérémie Rénier, tous deux emplis ici d’une incroyable maturité dramatique) dans un univers soudainement ouvert à l’impalpable et à la rupture de ses codes les plus formatés. Rien que pour l’étrangeté de l’atmosphère qui s’en dégage, La Guerre à Paris, malgré ses faiblesses, reste une oeuvre d’une qualité trop rare pour être négligée.