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3
sur 5

Cette libre adaptation de plusieurs chapitres du texte biblique homonyme repose sur un récit linéaire parfois difficile à suivre du fait des multiples histoires évoquées par les personnages. Le cinéaste cède volontiers à la tradition orale, et les images se plient souvent à l’ordonnancement imposé par des voix qui racontent sans cesse. Guidé par une inspiration divine, Esaü le chasseur tente de se venger de son frère Jacob le berger qui lui a dérobé son droit d’aînesse. Simultanément, alors que le fils préféré de Jacob a disparu, prétendument dévoré par des bêtes, celui de Hamor le cultivateur enlève la fille de Jacob, et abuse d’elle avant de la demander en mariage. A partir de ce contexte conflictuel qui mêle luttes de clans et rivalités familiales, sagesse et perfidie, Cheick Oumar Sissoko propose un éclairage d’inspiration religieuse sur les nombreux conflits armés qui déchiquettent la chair humaine aux quatre coins du globe.

Pour cette mise en perspective d’un écrit sacré et d’une réalité sociale contemporaine, le cinéaste choisit la voie de la théâtralisation. Le désert, tenu à distance par la caméra et rendu presque artificiel par une image aux couleurs éclatantes, fait office de scène. Sur cet espace de représentation dramatique chaque personnage ou groupe a pour fonction d’apporter une contribution signifiante au discours général. Tout sentiment affectif est donc systématiquement écarté au profit d’une présence humaine symbolique. Cette mise en scène sert à illustrer une succession de « déchirures » (homme/dieu et homme/père) qui seraient à l’origine du chaos mondial actuel.

Après quelques règlements de comptes sanglants et la révélation de certaines vérités sordides (le fils de Jacob a été vendu par ses frères à des marchands), l’intervention du Ciel va donc permettre de ramener la paix et de réconcilier tout ce petit monde. En opposant des temps anciens idylliques où règne une pieuse harmonie à une société contemporaine sans foi ni loi, Cheick Oumar Sissoko prend le parti de la religion. Cependant, loin d’être le promoteur d’un culte aveugle et imbécile, le cinéaste concède simplement au spirituel la faculté de poser des repères sociaux indispensables à toute vie en communauté. Reste à prouver qu’un tel ordre perpétué par la tradition convient à tout le monde et que l’homme est foncièrement bon à l’origine (avant la déchirure). Ce dont on peut douter.