Quelque part dans le film, la fille de M’sieur le juge (Jean Dujardin) s’inquiète : « Papa, c’est quoi un pédé ? ». M’sieur le juge fronce les sourcils. « C’est qu’à l’école, les copains ils parlent de toi. Y en a un il dit que t’es un cowboy, et l’autre il dit que t’es un pédé ». Alors, M’sieur le juge, cowboy ou pédé ?

On comprend que la petite s’inquiète, et que M’sieur le juge fronce les sourcils : la dernière fois que Jean Dujardin a partagé l’affiche avec Gilles Lellouche, le second enculait le premier. D’ailleurs ça travaille aussi Lellouche, qui a l’air de redouter un match retour. Sous les traits de Gaëtan Zampa, illustre parrain marseillais (performance d’acteur : œil plissé, gomina d’époque), il finit par mettre les pieds dans le plat, face à Dujardin qui lui-même tient le rôle du juge Pierre Michel : « Où que je me retourne, vous êtes sur mon cul ! Aucune femme m’a jamais fait ça. Je vous plais ? ». Deux ans après Les infidèles, plane donc sur La French le spectre d’une même tragédie sodomite. Et on comprend aisément pourquoi. Réunir Dujardin et Lellouche dans un même film, c’est faire une promesse très bankable, et en même temps se confronter à un sérieux problème logistique. Parce que l’un comme l’autre ont bâti leur carrière française sur la garantie d’être le dernier héritier d’une tradition virile 100% terroir, moins Gary Cooper qu’André Pousse, et que cette double ration de testostérone AOC fait un peu beaucoup pour un seul film. Un gars, un gars ? C’est donc qu’il y a un pédé quelque part. Les infidèles en tirait un gag efficace (et un film médiocre) en glissant les deux matadors sous la même couette. Moins de promiscuité dans La French, où Dullouche et Lejardin se croisent à peine (façon Heat mais à la french), le film rejoignant sagement la basse-cour homoérotique où s’ébrouaient déjà ceux d’Olivier Marchal ou Jacques Audiard, sur l’air d’un : « Je te tiens, tu me tiens, par la rouflaquette / le premier de nous deux qui rira sera une tapette ».

Cela étant dit, le film est un peu moins grotesque que ne le laissait entendre sa bande-annonce. Dans le genre qui est le sien (quelque chose comme le hamburger au torchon – ici le Nouvel Hollywood cuisiné dans le jus du folklore marseillais et du JT de Roger Gicquel), il est même assez honnête. Il n’échappe certes pas au ridicule, notamment quand il lui faut croire un peu à ses personnages en les fourrant de fêlures cachées (l’addiction de Dujardin au jeu : on n’y croit pas une seconde) ou quand il se pique d’intensité émotionnelle (Dujardin toujours, moins Pacino que Will Ferrell quand il pleurniche dans une cabine téléphonique parce que sa femme l’a quitté). Mais tant qu’il s’en tient à la surface de ses fétiches hollywoodiens, il se regarde avec d’autant moins de déplaisir qu’il sait rester modeste, jusqu’à glisser dans la bouche de Lellouche cette réplique fort humble : « Sans les Américains, on n’est rien ». M’sieur le juge, de son côté, finira par se payer un petit voyage aux States, où la police locale le baptisera d’un « French cowboy » qui n’est certes pas glorieux, mais rassurera peut-être sa fille et les fans de Dujardin.

 

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