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« La France est le plus gros producteur de films en Europe, tout en étant celui qui offre le moins de diversité. Pourquoi n’y a-t-il pas de films populaires autres que ceux avec les animateurs de Canal + ? Ma réaction s’est portée vers ce genre de cinéma (…), qui empêche toute une génération de réalisateurs d’avancer… »
Eric Bu, cinéaste indépendant français

Fantastique animateur à l’époque de La Grosse boule sur Radio Nova, désopilant comique dans des émissions comme L’Oeil du cyclone ou NPA, Edouard Baer tente maintenant sa chance en tant que réalisateur. Pour de nombreuses personnes issues de la télé, le passage du média au médium s’est souvent concrétisé par un joli cassage de gueule… En nous racontant l’histoire d’un comique s’évertuant à faire rire avec un humour usé et inefficace, La Bostella tente ironiquement de jouer avec ce problème. A première vue, le sujet semble coller à toute l’ambiguïté ayant animé les précédents travaux d’Edouard Baer (ses plus grands bides au Centre de visionnage restent pour beaucoup les meilleurs passages de cette émission). Seulement, ce principe de « l’humour drôle parce qu’il n’est pas drôle » est ici poussé à l’extrême, et surtout, il est péniblement étiré sur une heure trente.

Tourné en vidéo numérique, La Bostella se présente comme un journal de bord : celui d’une troupe de comiques (on retrouve ici toute l’équipe du CDV) se réunissant dans une villa, un mois durant, afin de préparer une nouvelle émission. Les premiers essais sont peu concluants et la mauvaise ambiance s’installe alors progressivement. A l’instar du Dogme et du rapport intime aux images engendré par la vidéo, Edouard Baer nous plonge ici dans l’atmosphère tendue d’un film de vacances désastreuses. L’effet est donc immédiat : c’est pénible comme si on y était. De gags volontairement ratés en engueulades exaspérantes, on en vient très vite à se demander si La Bostella cherche vraiment à faire rire… A voir ensuite Edouard Baer plaquer son équipe de tournage, pour aller parrainer la cérémonie d’ouverture d’un magasin de meubles, les questions fourmillent alors dans notre esprit : « Est-ce de la dérision, du masochisme ou encore une absurdité gratuite ? » Mais surtout, « pourquoi Baer semble-t-il faire exprès de ne pas nous faire rire ? »

La suite du long métrage n’apporte pas de réponse. Si bien qu’on essaie de trouver quelques interprétations à la chose, histoire de rattraper un comique qu’on a toujours estimé. La Bostella est peut-être un projet volontairement voué à l’échec, juste pour le plaisir de faire un film conceptuel absurde. Il est aussi possible que ce soit la sortie d’un kamikaze, qui préfère nous énerver volontairement avant que son propre humour ne s’use et ne le fasse à sa place… Quoi qu’il en soit, il faut se rendre à l’évidence : La Bostella est un film chiant.