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Après le triomphe de son Astérix, Claude Zidi s’offre un film de jeunes, une aventure bourrée de gags qui, n’en doutons pas, voudrait aussi être perçue comme la démonstration exemplaire d’une certaine réussite sociale. Forts de leurs disparités, quelques potes fêtards décident de monter leur propre boîte de nuit. But affiché : s’éclater en récoltant quantité de thunes, soit le rêve beauf de tout un chacun. Les 20/30 ans selon Zidi ? Des atrophiés du cerveau qui ne pensent qu’à s’en mettre plein les poches, des prolos qui bandent à l’idée de fricoter avec le grand capital. Apogée de cette mentalité terrifiante : un délire musical lors duquel les héros chantent tour à tour leur joie d’être devenus actionnaires. On en pleurerait de honte et on se met à regretter sérieusement Les Sous-doués du même auteur, cette bande de losers débiles qui avait au moins le mérite de ne pas trop la ramener.

Démago jusqu’à l’os, Zidi réconcilie les minorités, uniformisées par la connerie ambiante. Du black au puceau, du beur au (soi-disant) beau gosse, et du pédé au coureur de jupons, tout le monde, ici, s’entend bien, partage les mêmes intérêts et possède un potentiel très élevé de tête à claques. Quant à la seule fille du groupe, il s’agit d’une gogo-danceuse à deux francs, une affolée du cul à côté de laquelle Loana passerait pour une intello khâgneuse. Sans parler de la génération des viocs, personnalisée par le couple Guy Marchand / Andréa Ferréol, sur qui l’ouverture de la boîte agit comme un stimulant sexuel. Il est rageant de voir ce fric et cette énergie mis au service de la médiocrité, de la cupidité, et de leur valorisation crâne. Consternant de bout en bout, La Boîte est la comédie la plus sinistre de l’année et renvoie l’image d’un pays nauséabond, pollué par ce qu’on appelle l’esprit d’entreprise. Une maladie qui fait des ravages et dont Zidi, roi du divertissement made in France profonde, se devait de rendre compte en lui donnant tous les atours de la respectabilité rigolarde. Au secours !