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Ne pas se fier à la connotation du titre. Le thaïlandais Tony Jaa n’a ni le charisme ni la technique de Bruce Lee, puisque sa discipline, le Muay Taï, relève davantage du Kick-boxing que du Kung-fu, soit des coups de coude assenés au sommet du crâne. Voila pour l’explication pifpaf. Pour le film, pas de comparaison possible non plus. Mais de quel film parle-t-on ? De cette bande annonce géante écrite comme une bessonnerie dégénérée ? De Tony Jaa, ce David Douillet poids plume au jeu néanderthalien, filmé comme un athlète dans Stade 2 ? De la Thaïlande, patrie de la nouvelle star et tatami favori de celle-ci, dépeinte comme un parc d’attraction géant entre Center Parc et le cirque Pinder ? Y a-t-il vraiment du cinéma dans L’Honneur du dragon, ne serait-ce qu’au sens industriel ou nanardisant ?

Pas sûr. Même commercial, un film reste tramé, certes perclus de faiblesses mais possédant bel et bien un corps, un tronc tout au moins. Ici, L’Honneur du dragon est intégralement en kit, un peu comme un Kinder Surprise. Au spectateur, dont le coeur de cible correspond d’ailleurs à celui des consommateurs desdits gros oeufs, de le monter lui-même. Il y trouvera :
1. un pré-générique avec travelling sur tapisseries asiatiques où des guerriers sacrés lèvent leur gambette pendant qu’une voix off explique qu’un gardien d’éléphants protège d’abord les pattes, partie vulnérable de la bête, et doit savoir se battre,
2. l’enfance du héros (un bon quart d’heure) bercée par un père émerveillé, de style que-je-t’aime-mon-fils, et une famille d’éléphants que le petit galopin aime comme ses frères. Entre deux câlins ou éclats de rire bucoliques, séances d’apprentissage de combat aux pieds d’un éléphant,
3. des bad guys, voleurs d’éléphants et pervertis par l’occident (ils s’enfuient à Sydney),
4. un faire-valoir rigolo, déjà dans Ong bak, qui revient sous forme de flic marron ou intègre (tout dépend des pages du scénario) et une jeune pute opprimée,
5. des adversaires à castagner par ordre croissant de taille.

Seul liant pour imbriquer tout ça : Tony Jaa, dont le statut de nouvelle mascotte du genre justifie à peu près tout. Difficile de porter un regard sur lui vu l’écrin dont il dispose, mais il semble à la hauteur du désossage ambiant : rien qui ne puisse lui appartenir, hormis sa technique de baston, pas même son personnage. Son rôle consiste à mimer l’homme enfant, B-A BA du kung-fu man mais dans une interprétation si mal dégrossie qu’on se demande si elle confine au cynisme (prendre le jeune public pour un mongolito) ou à une naïveté pathétique. Cependant, on finit par pencher pour la première hypothèse : faire débuter chaque action par un tonitruant « Où sont mes éléphants ?!! » ou jouer de l’anthropomorphisme à l’envers avec autant de sérieux (à un inconnu : « je cherche mon père et mon frère ») relève du grand n’importe quoi assumé en toute conscience. On pourrait appeler ça du cinéma sanibroyé.