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2
sur 5

Issu des studios de la Fox, L’Age de glace prouve la volonté des majors de reprendre un peu du terrain dans le domaine du film d’animation en s’immisçant dans la rivalité entre Pixar (Disney) et Dreamworks. Le premier long métrage de Chris Wedge (pourtant pas un débutant dans l’animation, il était l’un des maîtres d’oeuvre de Tron) s’en tient au monde animal, mais choisit de se démarquer par l’époque : l’ère glacière, moment d’exode et de confusion chez les espèces, permet la rencontre entre Sid, un paresseux gaffeur et bavard, et Manny, un mammouth solitaire et bougon. Egarés près d’un village d’homo sapiens qui sera pris d’assaut par une meute de tigres rancuniers, ils vont se retrouver avec un nouveau-né sur les bras. Diego, l’un des tigres, est envoyé par la meute pour récupérer le bébé, que Manny et Sid sont bien décidés à défendre.

Moins inventif et délicat que le récent Monstres & cie des studios Pixar, L’Age de glace repose sur un scénario routinier et trop calculé pour surprendre. Derrière l’humour du détail (le cataclysme de l' »âge de glace » est déclenché par un minuscule rongeur courant après sa noisette), on comprend très rapidement où l’on veut nous emmener. Le couple de héros forme un duo quelque peu éculé : on n’est jamais surpris par le rapport qui s’établit entre le solitaire bourru mais sentimental et son pendant roublard et frimeur. Quant à la présence de l’humain dans un monde animal, aux frontières du monstrueux, Monstres & cie traitait le thème de manière si définitive que les trouvailles de L’Age de glace paraissent bien ternes à côté. Restent quelques beaux moments, comme celui qui montre le mammouth revivant devant des peintures rupestres le massacre de sa famille, expliquant sa solitude et son attachement au bébé. L’émotion affleure, mais le graphisme rigide et anguleux ne rend pas les créatures très expressives.

La suite se déroule de manière plus convenue : glissade, gaffes et jeux de mots raviront surtout les moins de 12 ans. L’Age de glace manque de poésie, d’un frémissement, de détails vrais et cruels qui puissent marquer les spectateurs de tous âges. Car la réalité animale n’y est pas prise en compte, et ne sert finalement d’écrin qu’à une morale très anthropocentrique : tout s’arrange comme une honorable histoire d’amitié, chaque espèce finissant par surmonter ses instincts et le rôle que la nature lui a laissé pour le bien de l’humanité (encore elle !)…