Jeu de dupes est, de toute la jeune filmographie du cinéaste George Clooney, le titre sans doute le plus insignifiant, le moins ambitieux, le premier immédiatement oubliable. Pourtant il y a là, sous l’apparence d’une comédie pimpante, la formule toute fraîche de ce cinéma telle qu’elle vient de s’énoncer avec clarté, comme par enchantement. Ces dernières années, Clooney n’a fait que polir ses attendus. Par ses rôles d’acteurs comme par les films qu’il a réalisés. Quelle formule ? Elle est toute simple, et sans doute George l’a-t-elle simplement découverte, eurêka, un matin en mirant son minois dans le miroir de sa salle de bains (sirotant un café, quoi d’autre ?) : elle tient essentiellement à son physique, aux traits de son visage, à sa chevelure poivre et sel telle qu’elle se tient magiquement en casque par la grâce de quelque chimie capillaire. George Clooney ne joue désormais plus que sur son physique, et son physique est celui d’un acteur du milieu du XXe siècle, voire un peu avant. George Clooney ne joue plus que sur cette particularité anatomique et un matin devant sa glace il s’est décidé à n’être définitivement que cela : un acteur classique hollywoodien dont la caractéristique principale serait l’autodérision et le sourire smart qui vous sauve en toutes circonstances (le « what else ? » comme maxime générale de la vie). Autrement dit, un Cary Grant parodique.

Aussi, quand il ne s’affiche pas en Mr Smith (cf. l’affiche de Michael Clayton), Clooney est comme condamné à ne réaliser que des films d’époque pour optimiser ce visage Harcourt et ce sourire fataliste. Aucun de ses films ne se déroule aujourd’hui et même, ils remontent le temps : Confessions d’un homme dangereux et les années 70, Good night, and good luck et les années 50, Jeu de dupes et les années 20. Une triplette de films pour justifier la gomina. Sur fond de naissance du football américain professionnel et d’arnaque au héros de la guerre, Jeu de dupes est banal et largement moins intéressant que les autres, une espèce de Coen movie période O Brother. Un film pour rien, sinon qu’il accomplit en quelque sorte un programme au fond assez inquiétant : à l’image de Jack Torrance, finir par intégrer, aujourd’hui, une photo de famille de 1925.

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