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4
sur 5

En 2008 éclatait sur les écrans l’un des super-héros les plus rationnalisés qui soient. Un ingénieur surdoué se fabriquait sous nos yeux une armure qui le faisait muer de superstar bling-bling en surhomme invincible dans une métamorphose dépourvue de tout surnaturel, ratage scientifique, excroissance innée ou piqûre malencontreuse du destin. Tony Stark choisissait sa vocation sans être élu par le hasard. D’une machine réalisable à partir de quelques bouts de ferraille, il démocratisait le superpouvoir, do-it-yourself comme jamais et Kick-ass avant l’heure. Rendant ainsi possible la démultiplication non plus des superhéros mais des surhommes de pouvoir. C’était Iron man 1. Pas d’or, pas de matière rare mais de la matière grise et du fer, rien que du fer. En annonçant sous les flashes et sans masque à la fin de ce premier épisode « La vérité, c’est que… Iron man, c’est moi », Tony Stark ne révélait pas seulement sa double identité mais il humanisait, il vulgarisait le superpouvoir et le rendait accessible à tous. Il tombait ce masque et ce corps ouverts, parure disponible que quasiment tout le monde pouvait chausser s’il en avait les moyens financiers. Désormais le rêve de super-héros remplacerait le rêve de devenir rock-star. Iron man devenait Iron men.

Conséquences directes : 1. Dans Iron man 2 découle naturellement la multiplication des Iron Men. Tout le monde veut en être, de Don Cheadle à Mickey Rourke. 2. L’ego de Robert Downey Jr., déjà bien gonflé dans le premier opus, se développe encore un peu plus ici, seule arme véritable de celui qui a revêtu l’armure le premier pour continuer à exister, du moins médiatiquement. Et c’est peut-être l’aspect le plus passionnant du deuxième épisode de la franchise. Iron man 2, toujours porté par ce sublime acteur qu’est Robert Downey Jr., est un film sur l’être-acteur, mise en abîme sur la capacité à occuper un corps et à le rendre unique face à des drones concurrents littéralement désincarnés. Tony Stark ne cesse de se mettre en scène. On le retrouve par exemple à faire le show devant un public en délire à l’inauguration de son exposition universelle perso comme s’il s’agissait des Grammy awards.

Mais même paré de son déguisement, il se place dans le cadre comme s’il se dirigeait, comme s’il se savait corps de cinéma. Ainsi, au cœur de l’exposition et alors qu’une armée de drones s’apprête à fondre sur lui, il se réfugie dans un décor de studio, ruisseau-gazon-petit pont de bois, type Charlie et la chocolaterie ou Kill Bill 2 (le combat Lucy Liu / Uma Thurman sous la neige) et entame une longue dispute avec Don Cheadle quant à la position à adopter dans l’espace (tu te mets en haut, moi en bas). Perpétuel contrôle de l’image de soi qu’on retrouvera aussi dans la scène de comparution au tribunal : Tony Stark parvient à griller le canal de télévision de la chambre et à y imposer ses images propres. Iron man ne peut être que le costume d’un bon acteur. « Iron man et moi ne faisons qu’un » dira encore Tony Stark devant la volonté du gouvernement de s’emparer de la machine.

Mais ce portrait de l’acteur ne s’en tient pas au seuil du concept, n’hésitant pas se jeter dans le moindre cliché. Ainsi, ce cœur mis à nu devient le symbole de son hypersensibilité. Cette maladie lui rongeant la peau : sa mélancolie de saltimbanque à double vitrage. Et sa surexposition, le signe d’un égocentrisme exacerbé (seul défaut qu’il voudra bien se reconnaître à la fin du film). Même son pétage de plombs à coups de missile lors d’une party champagne fait écho aux coups d’éclat de stars faisant trop la une des journaux (au hasard, Amy ou Britney).

Plus drôle encore que le premier opus, le nouveau film de Jon Favreau est cependant un peu moins percutant. La surenchère teint le film de quelques interstices un peu fabriqués (Scarlett Johansson en SM détruisant une dizaine de vigiles ou la partie Mickey Rourke pas toujours heureuse). Mais alors qu’Iron man 1 faisait une étrange apologie de la course à l’armement dans un esprit sécuritaire un peu complaisant envers la politique de Bush, l’élection d’Obama l’aura étrangement ringardisé : ici, les progrès de la science militaire apparaissent aussi inquiétants que burlesques. Restent quelques fioritures parfois inutiles d’un scénario qui n’est pas loin d’en faire des tonnes (la reproduction des fils du récit).

Mais l’on retiendra plus encore du film une scène, simple, très belle : alors qu’il combat, Robert Downey Jr. apparaît sur un écran de contrôle pour demander un renseignement à un opérateur. Et, sans le faire exprès, lâche qu’il a failli mourir d’une maladie. Un second écran est installé tout près au milieu de toutes ces commandes. Y apparaît Gwyneth Paltrow, choquée par ce qu’elle vient d’entendre. Tous deux regardent l’objectif pour voir. Leur regards, pour nous, se tient parallèle l’un à l’autre et se retrouve amoureusement dans les yeux de l’opérateur. On pense à la superbe scène de La Fille du RER où Duvauchelle et Dequenne se font leur première déclaration d’amour en chattant par écrans interposés. Le seul moment de vérité d’un Tony Stark perdant le contrôle de son image, ici pixelisée, sale, chahutée et d’une puissance qu’Iron man lui-même ne saurait libérer.