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sur 5

Toujours jouissif de découvrir un nouveau Djamel Bensalah, équivalent cinoche d’un rappeur M6, dont le mémorable Raid constituait une sorte de point de non retour d’une comédie française perdue entre l’hystérie franchouillarde de Jean-Marie Poiré et une agressivité vulgos quasi expérimentale. La démesure clinquante est néanmoins mise en sourdine pour Il était une fois dans l’Oued, petit film autoproclamé qui joue l’émotion autobiographique et reprend les ficelles du cinéma communautariste anglo-saxon, de type Joue-là comme Beckham et Fish and chips. Plus sympathique mais pas forcément plus efficace, tant la mécanique Bensalah s’apparente davantage au bulldozer qu’au scooter. Derrière chaque image chaleureuse et colorée, se dissimule une inavouable envie de ruer dans les brancards, une compulsion à vouloir jouer au wonderboy gras du bide.

D’ailleurs, deux films se jouent en parallèle : l’un petite chronique tendre et amusée, l’autre clownerie bruyante, outrancière et débraillée. Celle-ci est portée par Julien Courbey, acteur homonyme découvert en crachant dans son Yop, dont la présence au générique de chaque Bensalah en fait une sorte de Jean-Pierre Léaud dégénéré. Il incarne Johnny, français pur porc de la cité qui se prend pour un arabe et qui profite des vacances d’été de son meilleur ami pour se rendre en Algérie. Fausse bonne idée, car le film laisse Courbey sur la touche, définitivement parasite, au pire cabotin pénible (la scène du foot, sommet de ridicule glauquissime où l’acteur est totalement livré à lui-même) au mieux gagman, mais jamais à l’origine d’une quelconque construction comique. D’où la logique kamikaze de Bensalah, qui se réfugie dans l’outrance la plus anarchique pour sauver les meubles (le rire), entre gesticulations humiliantes ou quadrillage de guest-stars, dernières bouées de sauvetage pour donner à une scène le relief qui lui manque.

Dés lors, plus de regret à nourrir quant au deuxième film, forcément meilleur, petite ballade nostalgique au coeur de l’Algérie des années 80. Certes, l’émotion comme le comique s’y distille à la truelle, à coups d’Adidas Stan Smith ou de travelling épais sur le cul d’une Renault 11. Mais cette fois, le tape-à-l’oeil trouve enfin à s’incarner en un plaisir communicatif du cinéaste à mythifier la culture banlieue, qui bâtit en quelques séquences, une sorte de musée ludique plutôt réjouissant. Et puis Alger reste suffisamment envoûtant et mystérieux pour résister à la moindre faute de goût. Pour preuves, ces plans survitaminés en hélicoptère, summum de frime hors de propos, que la ville aspire littéralement d’une aura de fascination. Pureté cristalline aussi, tant elle demeure une quasi-pucelle du cinéma. Ca n’empêche quand même pas la comédie humaine de pédaler dans la semoule, surtout que celle-ci repose sur un rapport très ambigu aux femmes, pécher mignon de Bensalah. Souvenez-vous du Raid et ses déferlantes d’insultes contre la pauvre Hélène de Fougerolle. Ici, c’est un mariage arrangé opportunément guilleret qui provoque quelques ennuis gastriques.