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4
sur 5

Dans un petit village de Calabre, la vie comme elle va… Loin pourtant de n’être que la chronique documentaire d’une petite commune rurale telle qu’on a pu la voir dans le récent et lamentable La Vie comme elle va, Il dono s’approche au plus prêt du réel tout en faisant de ce matériau un pur terrain de cinéma à défricher. D’abord, le film suit le fil d’un scénario qui, s’il demeure fragile, tient de bout en bout le projet du film : un vieillard passe ses journées dans une ferme isolée où il découvre la modernité par l’intermédiaire d’objets oubliés par des visiteurs épars (un téléphone mobile, une image pornographique) ; non loin de là, une jeune fille renfermée vend son corps aux vieux libidineux qui la prennent en stop ; des enfants jouent ; une boutique ouvre et ferme ses portes dans le calme désert du village.

A partir de ces petites pistes, Il dono installe un dispositif d’enregistrement implacable : plans fixes et monotones où transpire l’immobilité étouffante des lieux, longues suspensions, neutralité de tous les instants. De l’entrechoquement de ces deux régimes de narration (souplesse du récit / rigidité du filmage) ressort un objet stupéfiant de limpidité et de sécheresse, comme l’image sans folklore d’un milieu rural trop souvent présenté sous ses atours festifs ou baroques. Nul goût pour les processions colorées ou le comportement si pittoresque des italiens du Sud ici, de mafias en trognes de paysans, seulement la mise en scène d’un réel décrit dans une sorte de nudité grave et terriblement émouvante (rien d’autre au fond que l’enregistrement de la mort progressive d’un village qui se dépeuple pour laisser place à une sorte de mécanique désaffectée des comportements et des gestes).

La frontalité du dispositif, qui peut-être vue comme une sorte de prolongement radical, voire expérimental, des outils néoréalistes, ouvre sur de formidables idées de mise en scène : pesanteur qui rive au sol (le ballon des enfants qui tombe de ruelles en ruelles), force d’inertie (les gestes proches du rituel et de la paralysie), mouvement de descente et de chute qui se cristallise dans la mise en scène du suicide final. Jamais impudique, le film de Frammartino est un petit bijou de finesse et d’intelligence : sous sa carapace peu flamboyante, toujours au bord du néant et de la rétention, y résiste une force vitale à même de s’offrir comme pure proposition de cinéma.