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3
sur 5

Figure de proue de la Blackploitation avec Sweet sweetback’s baadasssss song (1971), à ce jour son meilleur long métrage, Melvin Van Peebles aime capter l’air du temps avec sa caméra. Après les délires très « soul » de Badasssss song, et avant d’utiliser la DV en 1999 pour tourner Le Conte du ventre plein, le cinéaste réalisait en 1988, Identity crisis, une sympathique pochade à la gloire des années hip-hop.

A partir d’un scénario improbable qui fleure bon la série B -l’esprit d’Yves Malmaison, un grand couturier français homosexuel récemment décédé, investit le corps du jeune rappeur black Chilly D-, Melvin Van Peebles met en scène une suite de péripéties rocambolesques sans aucun égard pour la vraisemblance. Chilly D, possédé par intermittence par l’âme de Malmaison, erre dans les rues de New York en compagnie du fils du couturier. Après de brèves incursions dans des boîtes de nuit, et une mémorable séance de catch féminin dans la boue, les deux compères finiront par déjouer le terrible complot qui menace l’enseigne Malmaison. Fort de ce récit à la désinvolture assumée, Identity crisis est aussi truffé d’excentricités stylistiques, véritable marque de fabrique du cinéaste. Filtres colorés outranciers, passages en vidéo noir et blanc, surimpressions rajoutent un joyeux foutoir à cette entreprise des plus aléatoires.

Identity crisis séduit surtout par les libertés prises par l’auteur qui nous offre une œuvre au genre inclassable. Mais les aventures des deux jeunes héros sont aussi l’occasion pour Melvin Van Peebles de faire défiler à l’écran une galerie de personnages pittoresques, tous très ancrés dans ces années 80 qui n’en finissent plus d’être à la mode. Après le New York arty traversé par Basquiat dans Downtown 81, Melvin Van Peebles nous convie à une balade dans les bas-fonds de la ville, là où l’on croise prostitués, travestis et rappeurs ghetto-blaster au bras. Sommet de kischteries datées, Identity crisis se laisse regarder pour peu qu’on accepte de partager avec son réalisateur la légèreté de ton et le « je-m’en-foutisme » narratif de l’ensemble.