PARTAGER
3
sur 5

Après le chancelant mais sympathique Disparitions sur la dictature argentine, une poignée d’Hollywoodiens au grand coeur se penche sur le génocide au Rwanda. Donner enfin des images à une boucherie mise sous cape par l’Occident, réveiller les consciences et se faire pardonner du Tiers-monde, les intentions d’Hôtel Rwanda sont limpides. A l’origine du projet, Terry George, intermittent d’Hollywood, spécialisé dans les scénarios histoire vraie-conflits mondiaux (Au nom du Père, un téléfilm sur le Viet Nam pour HBO). Un type carré, consciencieux, serviteur efficace des bonnes causes humanitaires. Serviteur, c’est bien le mot puisque le film n’est pas totalement de son fait. George fut le seul cinéaste autorisé par Paul Rusesabagina, gérant débrouillard d’un palace qui a sauvé des milliers de Tutsi en usant de subterfuges malins et de pirouettes diplomatiques, à adapter son histoire pour dit-il la « porter vers le plus grand monde ».

Un mal pour un bien. Certes, la mise en scène, réglo, s’efface devant le débat de société, mais manque cruellement de force pour palper l’intensité d’un tel massacre. Il n’y a dans Hotel Rwanda qu’un coté cours d’histoire, d’ailleurs pas si désagréable. George dispose d’un arsenal solide : sens du vécu (les machettes des extrémistes Hutus raclées sur le macadam avant chaque tuerie), interprétation solide (Don Cheadle et Nick Nolte), et surtout les décors naturels d’Afrique du Sud qui, sans forcer, donnent du poids au film en terme de lumières et de couleurs. Et le sujet reste par nature une mine d’or intarissable sur le plan narratif. Le cinéaste l’a bien compris et colle aux basques de Rusesabagina, sauveur de Tutsi et accessoirement du film au bord de succomber dans la fresque désincarné quand son héros disparaît du cadre ou s’essouffle. C’est d’autant plus vrai que c’est Don Cheadle, acteur américain familier, qui l’interprète. Son regard écarquillé, toujours à deux doigts de la terreur joue admirablement sur l’identification du spectateur et la mauvaise conscience occidentale.

Malgré cela, il manque un souffle, une virtuosité pour qu’Hotel Rwanda remplisse pleinement son devoir de mémoire. Non que le film se refuse aux scènes chocs, mais il les rate, incapable de dépasser l’intensité d’une anecdote. D’où une frustration latente qui au final casse les reins du film. George ne tient pas le choc face à Rusesabagina, manager à la tchatche inlassable qui promet aux uns pour soudoyer les autres. Le cinéaste se résigne à l’illustration scolaire et brouillonne (l’émeute, à des lumières-lumières de la précision d’un Friedkin), aux seconds rôles mal dessinés (le réceptionniste sadique, vulgaire judas hollywoodien), au dénouement laborieux. Bon scénario, cinéaste pas trop mauvais… mais le Rwanda méritait quand même mieux.