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2
sur 5

Après une décevante adaptation de Carton jaune sous la direction de David Evans, High Fidelity marque la deuxième transposition d’un roman de Nick Hornby au cinéma, cette fois sous la houlette de Stephen Frears. Le livre en question, modèle d’humour et de rythme, jouit d’une immense popularité auprès des amateurs de pop, rock et soul. En somme, l’œuvre de fiction idéale pour tout aficionado des Inrockuptibles. Il y est principalement question de la façon dont la passion pour la musique peut envahir le quotidien de tout un chacun, rendre caduque une relation sentimentale et entraver sérieusement le passage à l’âge adulte. Le roman fourmille d’observations désopilantes sur les obsessions de ses protagonistes principaux, en particulier leur compulsive manie d’envisager l’existence comme un top ten en permanente évolution. Nick Hornby manie l’ironie avec aisance sans forcer le trait : ses personnages sont vulnérables, parfois pathétiques mais toujours attachants.

Plusieurs questions de taille se posaient à Stephen Frears. Notamment comment restituer le rythme d’un récit morcelé et jouant constamment de ses connivences avec le lecteur popophile mais aussi celui de la délocalisation de l’histoire puisque High Fidelity se déroule à l’origine à Londres et que le film est une production américaine. Stephen Frears et John Cusack -qui coiffe pour l’occasion les quadruples casquettes de producteur, scénariste, superviseur de la B.O. et comédien- ont opté pour Chicago comme équivalent US de la capitale britannique en matière de scène musicale. La solution paraît incongrue et ne satisfera guère le puriste puisqu’elle balaye d’un revers de manche toutes les spécificités d’une culture sonore locale. L’Illinois n’est pas la Grande-Bretagne, les Smashing Pumpkins ne sont pas les Clash ! Passe encore : le poppeux peu sourcilleux peut admettre de concert avec John Cusack que « les vérités énoncées dans le roman comptent plus que son décor ». Comme par ailleurs, la bande sonore ne trahit pas réellement l’esprit du livre (on y retrouve pêle-mêle Stereolab, Beta Band, Belle and Sebastian, John Wesley Harding, Barry White, Liz Phair), il est possible de se montrer tolérant tout en faisant la grimace pour la forme.

Le bât blesse toutefois du côté des options de mise en scène adoptées par Frears pour conserver une narration à la première personne. Il se contente d’aligner platement des monologues adressés frontalement à la caméra par Cusack : ce procédé maladroit (dont l’inégal John Hughes avait réussi à tirer meilleur parti dans La Folle Journée de Ferris Bueller : c’est dire !) leste le propos et l’empêche de parvenir à la légèreté et à l’humour recherchés. High Fidelity, croulant sous le poids d’une réalisation stérile et pataude, tourne court et ne devient très vite qu’une accumulation de clins d’œil recyclés, de scènes maladroites et interchangeables. Pour le lecteur de Nick Hornby, la déception est grande, pour les autres, reste un film moyen que seules rehaussent les performances du trio John Cusack-Jack Black-Todd Louiso