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Période faste pour les films de quiche en ce moment, le cinéma français -plus ou moins- populaire tentant chaque semaine de nouveaux exploits. Ouvrez le Kinder, et découvrez la surprise : Cache-cache, Les Bronzés 3, Incontrôlable, Fauteuils d’orchestre, autant de films sans forme ni âge, situés dans un entre-deux étrange où le populiste et le bourgeois, le branché et le ringard se mêlent en d’impossibles puddings. Voici venu Hell, nouveau record en la matière, et dans un genre délicieux : la comédie dramatique néobranchouille (adaptation du best-seller de Lolita Pille) où l’on fricote avec le démon, éternelle histoire de salut ou de rédemption qui s’adresse toujours à une classe sociale précise (généralement la petite bourgeoisie parisienne de 30 à 55 ans). La singularité du film est de descendre d’un cran, dans l’enfer de l’adolescence cette fois, jeunesse sans but et sans idéal de la génération des petits enfants de 68.

Le film d’une génération en quelque sorte, Les Nuits fauves des années 2000. Entendez plutôt : la rencontre de Frédéric Beigbeder et du Loft pour un résultat aussi destroy qu’une comédie de Cédric Klapisch, une espèce de gros film légume feignant l’analyse sociétale contemporaine pour se vautrer avec complaisance dans l’air du temps, entre caricature nihiliste post-lycéenne et petits émois de provoc détaxée. Le film a beau tout essayer, description des soirées décadentes de la jet set façon Tintin et Milou chez les échangistes, grand mélo évidé façon Visconti sauce Erasmus (un grand appartement de trentenaire rentier où l’on boit jusqu’à cinq verres de tequila cul sec en une nuit), rien n’y fait : il est aussi lisse, gentil et politiquement correct qu’un épisode de La Crime, avec en plus ce charme désuet de faire du cinéma qui lui colle à la peau : musique et montage choc (un pauvre arrêt sur image ou une ellipse m’as-tu-vu par-ci par-là), esthétisme chichiteux qui ne masquent à aucun moment le refuge dans un petit naturalisme de cité U, symétrique reflet de celui des deux-pièces cuisine traditionnels.

Prolongement jeuniste du film de vieux branché (Anne Fontaine, avec Nathalie… en serait la muse), Hell joue du désespoir adolescent avec un sens du punk qui ferait passer Patrice Chéreau pour Fassbinder. Y gît surtout une abominable compassion, très droitière, pour ce qu’il feint de dénoncer, lors notamment de cette hallucinante scène où Sara Forestier (Hell donc) veut se faire arrêter par des flics angéliques et se lance dans un simulacre de racaille attitude. Eloigné de tout, sans fond ni forme, un tel film vaut comme fade symptôme d’un cinéma bon chic bon genre s’essayant à caresser l’enfer pour revenir, fier de lui, à la plus navrante normalité. Ascétique et mou, sans trouble ni saveur : une quiche, on vous dit.