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2
sur 5

Auteur d’une bonne dizaine de courts métrages souvent expérimentaux, Macoto Tezka, qui préfère être taxé de « visualiste » plutôt que de « cinéaste », nous offre avec Hakuchi son second long métrage. Un film fleuve de 2h30 dont les boursouflures baroques et délirantes peinent à combler les lacunes d’une mise en scène étonnamment conventionnelle.

L’action de Hakuchi se situe dans une époque assez floue, quelque part entre la Seconde Guerre mondiale, avec des allusions aux drames de Hiroshima et de Nagazaki, et un futur symbolisé par l’immense tour de Babel qui sert de siège à la chaîne de télévision Média Station. C’est là que travaille un jeune apprenti cinéaste, Isawa, qui découvre à ses dépens les dures lois économiques qui régissent l’univers audiovisuel. Soumis au bon vouloir de l’idole nationale Ginga, jeune Lolita pop qui fait monter l’audimat à 70 % lors de ses apparitions télé, le garçon va devenir la tête de Turc de cette dernière pour avoir osé refuser ses avances. C’est alors qu’il rencontre Sayo, une idiote dont la pureté de coeur l’émeut. Adapté d’une nouvelle d’Ango Sakaguchi, Hakuchi se propose rien moins que de faire un bilan sur l’utilisation de l’image au cours du siècle. Une sorte de « Société du spectacle » à la sauce nipponne vidée de sa substance et réduite à une imagerie que justement elle entend dénoncer. C’est là le paradoxe principal du film qui dresse une satire à peine déguisée des moeurs audiovisuelles de son pays, avec notamment la fascination qu’y exercent les très jeunes filles, sans pour autant échapper au système qu’il entend dénoncer.

Sapés dans des vêtements négligés très « arty », les héros semblent tout droit sortis d’une séance photo pour Vogue et témoignent de la propension du film à verser dans la platitude des apparences. Le réalisateur ne fait pas une seule fois preuve d’un minimum d’audace dans la mise en scène, se contentant de surexploiter une voix off souvent redondante et de multiplier les décors kitsch et autres esthétiques futuristes. Malgré le ridicule de son final en carton-pâte, véritable sommet de mauvais goût au cours duquel un ange surgit d’un cratère censé symboliser le début de l’humanité, Tezca se prend très au sérieux, un peu trop. D’autant plus que la flamboyance visuelle de son film n’est au final au service que de quelques vérités toutes faites lourdement soulignées par le cinéaste.