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2
sur 5

On espérait plus grand chose de Carlos Saura : le précieux analyste du franquisme s’étant mué en cinéaste officiel de la culture hispanique. Parler de déception en ce qui le concerne n’est donc plus vraiment d’actualité, mais là c’est carrément la Bérézina ! Car ce pesant explorateur du patrimoine avec un grand P s’attaque cette fois au peintre Francisco Goya.

Lorsque le film débute, Goya (Francisco Rabal dont le physique délabré est le seul élément véritablement émouvant du film) est un vieillard qui vit en exil à Bordeaux. Entre décrépitude physique et confusion mentale, il narre de manière fragmentée son existence passée à sa fille Rosario. Au lieu d’opter pour un récit linéaire, Carlos Saura préfère s’attacher à quelques moments clefs de la vie du peintre (sa rencontre avec la Duchesse d’Albe, le grand amour de sa vie dont il fit plusieurs portraits, la survenance de la surdité à l’âge de 45 ans, l’apogée de sa carrière lorsqu’il devient peintre officiel de la cour… par contre de son enfance, de sa formation on ne saura rien). S’échapper des sentiers balisés de la biographie filmée est le grand mérite de Goya… et bien le seul. Pour le reste, le cinéaste s’empêtre dans un arsenal stylistique des plus voyants. Lumières crépusculaires, usage intempestif de filtres chromatiques, utilisation à tour de bras de transparences, Vittorio Storaro, le directeur photo, déploie sa virtuosité dans le moindre photogramme.

Plus qu’à un film de Carlos Saura, on assiste donc à un festival Storaro. Pour achever le tableau (osons le mauvais jeu de mots), à ce formalisme asphyxiant s’ajoute une pédagogie des plus pompeuses. On croit avoir tout vu mais il faut attendre la fin pour que le pire arrive ; Carlos Saura se lâche alors totalement et nous offre une reconstitution live des « Désastres de la guerre » -célèbre série de Goya stigmatisant les horreurs commises par l’armée napoléonienne en Espagne- par la troupe catalane « Fura dels Baus » (connue pour ne pas vraiment faire dans la dentelle.). Quelque part entre l’emphatique Ken Russel et un spectacle de Robert Hossein au Palais des Congrès, Carlos Saura rejoint alors le club peu convoité des pachydermes de la culture.